Rear Window
I wonder if it's ethical to watch a man with binoculars and a long-focus lens? Do you suppose it's ethical even if you prove that he didn't commit a crime? I'm not much on rear window ethics.
L’un des plus fins films d’Alfred Hitchcock.
À cause d'une jambe cassée, le reporter-photographe Jeffries (“Jeff”) est contraint de rester chez lui dans un fauteuil roulant. Homme d'action et amateur d'aventure, il s'aperçoit qu'il peut tirer parti de son immobilité forcée en étudiant le comportement des habitants de l'immeuble qu'il occupe dans Greenwich Village. Ses observations l'amènent à la conviction que Lars Thorwald, son voisin d'en face, a assassiné sa femme.
Hitchcock s’impose à nouveau comme un réalisateur intemporel à qui on doit des films d’un génie tel qu’on ne le retrouvera jamais autre part. Le film est entièrement subjectif, l’angle de la caméra viendra toujours regarder les autres appartements depuis le même appartement où elle a toujours été, à la place de Jeff. Ce que l’on voit, c’est ce qu’il voit. Et la force du film se travaille tout autour du voyeurisme, sur notre rapport à la vie privé. Ce procédé fait tomber le spectateur dans une subjectivité qui n’est pas la sienne, c’est celle d’Hitchcock. La caméra d’Hitchcock est les yeux de Jeff, qui deviennent nos yeux. Le film ne parle plus alors des fantasmes et des peurs de Jeff, mais bien des nôtres. Quand Jeff a peur de ce qu’il découvre, nous avons peur, quand Jeff ne peux pas détourner les yeux voyeurs sur les appartements et sur les vies de son quartier, c’est bien nous qui développons la même fascination pour le privé de l’autre. Hitchcock impose une relation à l’autre si subtilement qu’il arrive à imposer sa manipulation visuelle. Mais attention, il n’est pas la pour nous altérer l’esprit, au contraire, il vient nous placer dans une situation que l’on jugerait sans la voir expérimenté, maintenant que c’est fait, qu’est-ce qu’on pense du voyeurisme ? Est-ce un fantasme morbide ? Une fascination sociale ?
Bien sûr, l’autre point du film c’est le rapport amoureux. Le film tourne autour du meurtre, mais aussi de l’amour. Avec Jeff et Lisa, le couple marié, la femme esseulée, le compositeur divorcé, le couple qui dort sur le balcon, cette femme dans l’attente. Tout tourne autour de l’amour dans ce film. C’est avec Jeff qu’Hitchcock nous donne la matière à réfléchir : il considère le mariage comme une chose ennuyeuse. Rappelons nous que nous sommes Jeff dans ce film, comment nous sentirions-nous face à l’opportunité d’un mariage avec la constante vision d’un amour brisé, dans l’attente, vieux, ou carrément mort ? Peut-on encore donner crédit au mariage comme un acte romantique puissant ? Stella, l’infirmière, exprime directement la simplicité du geste :
Jeff : She wants me to marry her
Stella : That’s normal
Jeff : I don’t want to
Stella : *That’s abnormal*
Stella est convaincu que l’amour est une question de conviction, elle dit que le mariage se fait sur un coup de tête. Tout ça sont des questionnements encore bien présents, malgré un film de 1954. La puissance de l’amour, le mariage. Est-ce que la mariage vaut le coup ? Est-ce que ça tiendra ? Est-ce encore un avantage ?
Stella : When I married Miles, we were both a couple of maladjusted misfits. We are still maladjusted misfits, and we have loved every minute of it.