


Je pense que le titre aurait été plus pertinent traduit directement de l’anglais. Là où « épouses et concubines » se concentre uniquement sur les personnages, « lève la lanterne rouge » se concentre sur l’omniprésence des lanternes, qui sont l’élément le plus important du film. En effet, ces lanternes sont l’élément qui va être le cœur des disputes entre les femmes, et qui vont les mener à s’entretuer. Elles vont dicter tout au long du film le rapport de force entre les épouses, ainsi que leur bonheur avec les massages aux pieds par exemple ou le fait de choisir le repas du jour. Sans ces lanternes, elles ne sont rien, elles sont vouées à l’obscurité et l’ennui, comme le montre le personnage de la 1ere femme. Leur couleur rouge est d’ailleurs la seule qui ressort des tons froids et ternes de l’environnement. Autre chose intéressante, c’est le maître, dont le visage n’est jamais révélé dans le film. Ça permet de lui donner une aura presque divine ou au moins omnipotente qui plane sur le château. Il est si important que sans lui, les lanternes ne sont pas allumées, il a donc le choix ultime sur le sort des femmes. Le château d’ailleurs est, grâce à l’architecture chinoise, totalement ouvert, symétrique et construit comme une prison. Les lieux sont immenses, à perte de vue, avec des rues et des places. Effet accentué avec les plans en plongée. Prison dans laquelle le cycle des épouses et des combats se répétera éternellement, comme le sous entend la fin du film. On y voit bien evidement une critique du système patriarcal et de la Chine féodale, système qui aliène les femmes ici dans le film avec les lanternes (qui symbolisent donc le pouvoir patriarcal du maître). Et le film nous montre comment, dans ce système où elles sont réduites en tant que possessions ou simples animaux de compagnie, les femmes vont en venir à se détruire et se nuire par jalousie.


Même si c’est un film très important pour l’auteur et très ancré dans son expérience personnelle, je trouve qu’il n’est pas à la hauteur de *Kikujiro* et de *a scene at the sea *par rapport à sa narration et son histoire générale. Par contre il offre des visuels magnifiques et assez uniques pour l’époque, d’où la note..