Parasite
Revoir Parasite en salle pour la quatrième fois.
1/ En préparation de mon entretien d'embauche pour le poste de programmatrice cinéma, pour écrire une critique à joindre à mon dossier (il fallait un film belge ou asiatique). Coup de cœur total, direct. Début de mon intérêt pour la Corée du Sud.
2/ Aux alentours de l'anniversaire de mes 24 ans, dans celle qui est désormais "ma" salle, en ouverture de ma première programmation. Mon premier film en somme. Plus de 350 personnes sur deux séances.
3/ En vision de presse du director's cut en noir et blanc, ma première séance à la réouverture des salles en 2021, la fin d'un manque énorme et un moment très marquant à l'Aventure pour le début d'un retour à ma vie.
Et aujourd'hui.
Je vous remets ma critique de 2019 du coup. 🫶🏻
À Séoul, deux familles que tout oppose voient leurs destins s’entremêler. Les Park vivent dans les beaux quartiers et se prélassent dans le luxe et le confort au sein de leur somptueuse demeure. La famille de Ki-taek, quant à elle, vit dans un entresol délabré envahi par les cafards, survit à peine en pliant des cartons de pizza et squatte le Wi-Fi de la voisine pour pouvoir trouver des jobs minables. Lorsque Ki-woo, le fils pauvre, a l’opportunité de donner des cours d’anglais à Da-hye, la fille riche, une véritable machination s’enclenche dont personne n’en sortira indemne.
Difficile d’enfermer Parasite dans le carcan d’un genre particulier. Le début du film nous plonge dans une comédie satirique où il est jubilatoire de voir la famille pauvre arriver à se jouer de la naïveté de Mme Park pour s’imposer insidieusement dans son foyer. Puis, petit à petit, l’ambiance bascule, nous plongeant dans une atmosphère digne du meilleur des thrillers et frôlant à son apogée le home invasion et le drame. Si Bong Joon-ho reprend les codes propres à ces genres, il ne tombe à aucun moment dans les clichés qui y sont inhérents. Il arrive à nous faire oublier l’absence de moralité de l’attachante famille de Ki-taek pour plus tard nous faire frissonner face au retour du bâton auquel elle doit faire face.
L’une des plus grandes forces du film est sans aucun doute son imprévisibilité parfaitement calculée et qui nous tient en haleine tout du long. Les scènes s’enchaînent parfaitement grâce à la grande maîtrise du réalisateur, à la beauté des plans, à l’admirable partition de Jeong Jae-li, à la finesse des dialogues et à l’excellent jeu des acacteurs.
Les espaces jouent ici un rôle à part entière, qu’ils soient vides, pleins, à conquérir ou occupés et d’une maison à l’autre, nos parasites se métamorphosent. Ils adoptent les codes des nantis, laissant derrière eux le langage, la gestuelle et les vêtements propres à leurs pairs pour mieux duper la famille aisée. Ki-jung devient ainsi par exemple Jessica, spécialiste de l’art-thérapie ayant étudié en Illinois et professeur de dessin de Da-song, le petit garçon des Park. Le changement est surprenant et l’illusion parfaite, au point que la jeune fille commence à se fondre parfaitement dans le décor de la maison luxueuse. Les murs de celle-ci semblent de plus en plus étroits autour de nos protagonistes alors que se resserre l’étau créé par leurs mensonges et leurs tromperies.
Comme dans Snowpiercer, Bong Joon-ho exploite à nouveau l’un de ses thèmes de prédilection et critique le schéma pyramidal de la société. Cependant, plus question d’univers de science-fiction cette fois-ci car c’est bien en Corée du Sud contemporaine que se joue cette histoire qui possède néanmoins un retentissement universel. La question des barrières qui se dressent entre les humains est récurrente au sein de la filmographie du réalisateur qui pose encore une fois son regard acerbe sur les inégalités socio-économiques qui existent au sein de son pays. Les pauvres essaient de s’immiscer dans un univers qui jusqu’alors leur semblait inaccessible et ils sont prêts à tout pour s’imposer, au point même de faire des victimes collatérales parmi les autres pauvres. Ils ne cachent pas leurs travers, dévoilant sans vergogne leur désir de remplacer les Park dans leur habitation. Les riches en apparence sont une représentation de la famille idéale et propre sur elle en tout point, mais ils paieront durement leurs certitudes et leur insouciance, de même que leur mépris qui, caché d’ordinaire sous leurs belles manières, se répercutera avec autant de force qu’une gifle en pleine face des miséreux.
Plus qu’une histoire de famille, Parasite est l’histoire d’une descente aux enfers chargée d’une violence aussi sociale que physique. L’intrusion est à tous les niveaux, aussi bien dans les bâtisses que dans les esprits. Bong Joon-ho joue avec le symbolisme pour remettre en question un déterminisme social qui deviendrait presque sélection naturelle de nos jours. Devant ce film incisif, une seule certitude : celle de passer un étonnant moment de cinéma qui ne laissera personne indifférent.
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