Satantango
Je l’ai enfin vu, après 2 ans à hésité chaque semaine en me posant la question de si je le lance ou pas chez moi, j’ai enfin pu grâce à l’aide d’une association le diffuser dans le cinéma de ma ville.
Ce film est tout bonnement la meilleure expérience qu’il m’a donné été de voir sur grand écran, je ne me suis jamais senti aussi seul face à un film tellement la question de la solitude et du désespoir est omniprésente dans Le Tango de Satan. Tout n’est que solitude, que ce soit ce soit ce noir et blanc qui accentue la pluie et le vent qui accentue eux même ces paysages désertiques et laissés à l’abandon. Cette solitude passe par les animaux lors du tout premier plan du film avec ces cris de vaches qui résonnent dans ce village, mais elle passe aussi par l’humain en les voyant tous ravagés par l’alcool, la mort, le retour de villageois qui étaient censés être morts, et évidemment bien d’autres thèmes qui sont explorés ici. Un parmi d’autres est la folie, représentées par le personnage présent sur l’affiche : Estike. Cette scène d’une trentaine de minutes où elle torture son chat jusqu’à la mort (d’ailleurs torture inadmissible car effectuée sans aucun effet spécial) montre qu’elle reproduit juste un schéma qui lui est appliquée à elle même, et Béla Tarr nous le montre de la façon la plus dure possible à l’écran.
J’ai trouvé les dialogues d’une beauté inégalées, ils sont d’ailleurs, notamment ceux prononcés par le narrateur, extrait du livre du même titre sorti en 1985. Ces dialogues reflètent parfaitement à un moment donné du film la vision de chaque personnages et leurs attitude face à ce désarroi qu’est cette histoire. Le travail qu’il ya sur la façon de bouger la caméra c’est tout simplement grandiose, elle bouge si lentement qu’elle capture chaque aspect des relations, comme des émotions de tous les personnages et de tous les décors. Les plans séquences qui vont jusqu’à durer plus 10 minutes donnent une réalité de temps dans le montage du film et c’est tout ce que j’aime.
Le travail sur le son est évidemment grandiose car il construit quasiment la moitié du film, ce son de cloches également omniprésent pendant tout le film est grandiose, il est hors champs et nous est suggéré par des personnages qui pensent eux même perdre la tête en l'entendant. Chaque son est important, celui du vent et de la pluie car ces deux sons construisent une solitude et un désespoir qui est constant, mais également chaque bruit de pas, de porte, de souffle est important et rien n’est laissé au hasard.
Évidemment il y’aurait bien plus à dire et un vrai travail d’analyse à faire, mais je n’ai pas envie de spoiler le film qui mérite d’être vu sans même en entendre parler avant ou voir d’images afin de découvrir ce chef d’œuvre de façon pure. Merci Béla Tarr, je me lance bientôt dans sa filmographie pour la finir au plus vite.