Nope
"I WILL CAST ABOMINABLE FILTH AT YOU, MAKE YOU VILE, AND MAKE YOU A SPECTACLE."
Comment j'ai pu mettre 3 étoiles lors de mon premier visionnage de ce chef-d'œuvre???? Qu'avais-je consommé????
Nope qui était le film que j'appréciais le moins de la courte filmographie de Jordan Peele, devient LARGEMENT mon préféré après ce revisionnage.
Honnêtement, je pense avoir mis 3 étoiles à l'époque car je l'avais vu 2 ans plus tôt et mes souvenirs du film étaient que ça m'avait plutôt déçu et que je m'attendais à plus d'horreur. Un revisionnage était donc obligatoire pour voir su j'allais garder les mêmes sentiments qu'à l'époque. Évidemment que non. Entre temps ma culture cinéma a évoluée et j'aime différents types de films qu'il y a 3 ana et j'analyse différemment qu'il y a 3 ans. Avec donc mon approche cinéma de 2025, je pensais voir un autre Nope que 3 ans auparavant. Et bah qu'est ce que je ne me suis pas trompé.
Je vais commencer par saluer le travail de Jordan Peele. Rarement vu quelqu'un dans le monde de l'audiovisuel autant réussir son passage d'un genre à un autre, pour sa part, de la comédie à l'horreur. C'est évidemment pas le seul mais la vitesse dont il s'est imposé dans le monde du cinéma d'horreur est folle. Quand on regarde ses sketches avec Keegan-Michael Key (que j'aime beaucoup au passage) où il joue des ados débiles de 17 ans et puis qu'on se dit que c'est ce mec qui a fait Get Out, Us et Nope on peut que se demander si ce n'est pas deux différentes personnes. Jordan Peele est tout simplement un génie. Pour une transition aussi réussie, je ne vois honnêtement pas d'autres mots.
Nope n'est pas un film d'horreur comme beaucoup le qualifient, ou alors c'est plutôt de l'horreur psychologique que de l'horreur à laquelle on imagine quand on entend ce mot. Pour être inutilement précis, c'est un neo-western de science fiction et d'horreur psychologique. D'ailleurs même si Get Out et Us rassemblement un peu plus d'éléments de l'horreur traditionnelle que Nope ça reste majoritairement des films d'horreur psychologique.
Les crédits d'ouverture sont fabuleux et mettent directement dans l'ambiance du film. On voit une sorte de tunnel, on ne sait pas ce que c'est, mais des cris d'effroi en ressortent pendant que les noms des acteurs apparaissent à l'écran. Le "tunnel" est en fait la bouxhe de l'Ovni, dont le fond ressemble à un objectif de caméra. De plus, en rentrant dans cette bouche, on tombe sur ce que certains considèrent comme le premier film de l'histoire : la série de photos d'un cavalier noir sur son cheval. Nope est donc une ode au cinéma maïs en surtout une critique. En effet, la phrase que j'ai mis au tout début et un verset biblique qui ouvre le film. Ce verset parle de rendre quelqu'un en "spectacle". Et c'est ce que Jordan Peele va critique à travers son film. Aujourd'hui tout le monde est à la recherche du spectaculaire, tout le monde veut le voir, le filmer. Il nous montre que nous, humains, risquons beaucoup de choses pour du spectacle. Peele nous invite à éviter ce spectaculaire, à ne pas le regarder. C'est comme ça que les personnages évitent et vainquent l'Ovni. Le personnage principal fabuleusement interprété par Daniel Kaluuya est le premier à le comprendre. Il a envie de voir ce spectacle, il se force à l'éviter, mais quand il se rend compte que ce spectacle est un danger, il dévie le regard en disant nonchallament "Nope". Si personne ne regarde le spectaculaire, il perd alors toute son importance et toute sa force. Mais comment être sûr que quelque chose survient si on ne le regarde pas? La forte présence de différents types de caméras dans le film renforcent le message que Peele veut faire passer. Quasiment chaque caméra visible à l'écran est présente pour filmer quelque chose de paranormal, de spectaculaire. Mais cette recherche du spectaculaire à un prix et les fois où des personnages ont pris trop de risques pour un spectacle, ils en ont payer le prix. Je pense évidemment au journaliste en moto et au cinéaste qui veut filmer l'Ovni le plus proche possible.
L'Ovni de Nope est donc une métaphore du sensationnalisme. Qu'on à tous envie de regarder sans se soucier des conséquences.
La recherche constante du spectaculaire n'est pas une critique du cinéma d'aujourd'hui et d'Hollywood mais plutôt de la société actuelle. Peele va lancer des piques à Hollywood d'abord en défendant l'hérirage afro-américain dans le cinéma. En effet, il rappelle que dans le supposé premier film de l'histoire qu'il passe lors du générique d'introduction, tout le monde se souvient du réalisateur blanc et que tout le monde a oublié l'homme noir présent sur les photos, alors qu'il peut être considéré comme le premier acteur et cascadeur de l'histoire. Ensuite, lors d'une scène on peut voir accrocher sur un mur un poster du film Buck and the Preacher de 1972. Film qui met en scène un cow-boy noir. Peele rappelle donc que dans les westerns, les afro-américains ont été totalement oubliés voire même effacés alors que l'on comptait environ 25% de noirs parmi les cow-boys à l'époque.
Jordan Peele va également attaquer Hollywood en défendant la cause animale et la façon dont Hollywood peut les maltraités. Notamment au début du film avec le cheval sur un plateau de tournage qui n'a pas l'air d'être considéré comme un être vivant par l'équipe. En effet, lorsqu'il réagit violemment mais naturellement à quelque chose, ils décident de le retirer du tournage et annoncent qu'ils vont plutôt utiliser de la CGI (petite pique supplémentaire de Peele envers ceux qui préfèrent utiliser de la CGI alors que la scène est faisable sans).
Bien que les chevaux ont un rôle clef dans le film, c'est l'histoire du chimpanzé qui a plutôt intéressé let intrigué les spectateurs, dont moi. Avant même le générique d'introduction, la toute première scène montre un chimpanzé avec un chapeau de fête, il est couvert de sang, seul dans un décor de tournage saccagé, où l'on peur apercevoir des corps au sol. L'extrait s'arrête là et on aura quelques explications plus tard dans le film. C'était en fait un tournage d'une sitcom où un garçon reçoit comme cadeau d'anniversaire un chimpanzé dans une boîte composée également de ballons. La forte chaleur dans le studio va amener les ballons à exploser et à effrayer le chimpanzé, qui va commettre un massacre. Dans un excès de rage et de violence, il va tuer quelques personnes présentes sur le tournage et en défigurer une autre. C'est là qu'intervient Jupe, le personnage joué par le talentueux Steven Yeun. Le garçon qui joue l'enfant qui reçoit le chimpanzé a réussi à se cacher sous une table mais à donc du assister à ce massacre de ses propres yeux. La caméra est en point de vue subjective du garçon et au milieu du décors brutalisé, on voit une chaussure qui tient anormalement de façon parfaitement perpendiculaire au sol. Ensuite le chimpanzé s'approche du garçon, on pense évidemment qu'il va le tuer, mais non, il s'approche de lui pour le tcheker juste avant de se faire abattre. Il est en fait simple d'expliquer pourquoi le chimpanzé n'a pas tué Jupe. Je vous ai parlé de la chaussures positionné perpendiculairement au sol. La caméra focus dessus car c'est l'objet sur lequel Jupe s'était lui même focus pour éviter de regarder le chimpanzé dans les yeux. On dit souvent que quand une personne fait face à une situation traumatisante, elle va se fixer sur un petit élément de cet événement, dans le cas de Jupe, c'était cette chaussure. Elle était donc sûrement normalement posée lors du fait divers mais le fait que Jupe se soit concentrée sur elle, l'a rendu différente à la camera. Ensuite, le chimpanzé ne tue pas Jupe parce qu'il n'a pas d'eye contact direct avec lui. Il a massacré ceux qui l'ont regardé et qui onr réahi de façon paniquée et violente, Jupe est resté silencieux et n'a pas bougé. Même quand il s'approche de lui sous la table, Jupe observe le chimpanzé à travers une nappe, toujours aucun regard direct.
Jupe croit donc être une sorte d'élu et qu'il est en quelques sortes immunisé aux attaques d'animaux et autres créatures. Suite à la tragédie du chimpanzé, il a récolté une belle somme d'argent et se dit s'il peut transformer cette tragedie en fontaine à sous, il pourrait récolter la même chose en organisant un spectacle où il nourri l'Ovni. Mais c'est alors que la critique de la recherche du spectaculaire prend encore sens : c'est son spectacle et l'obsession du sensationnalisme qui va pousser Jupe à sa mort en étant avalé par l'Ovni.
Peele va également arriver à lier critique du sensationnalisme et horreur. Parmi les spectateurs du show de Jupe, on trouve celle qui jouait la fille dans la sitcom où le chimpanzé a fait son massacre, elle fut "simplement" défigurée. Peele montre son visage défiguré quand elle lève la tête pour voir l'Ovni. Son visage est un choc, il fait même peur. Mais alors qu'on peut penser que Peele a décidé de montrer un visage horriblement défiguré de cette manière juste pour le sensationnalisme, et alors qu'il se contredirait lui même, c'est en fait autre chose. Cette apparition est un miroir, une référence de l'interview en 2009 d'Oprah Winfrey avec Charla Nash, une femme qui fut tristement et violemment défigurée par un chimpanzé. Interview dans laquelle Oprah demanda à Charla d'enlever son chapeau et son voile pour qu'on puisse voir son visage défiguré. L'émission a logiquement reçu une vague de critiques. L'idée est donc que Jupe, comme Oprah, veulent faire croire qu'ils font ce qu'ils font pour comprendre, alors que c'est juste pour faire de l'audience, et encore une fois, du spectaculaire.
Il y a également un easter egg que j'ai trouvé sur internet que je trouve vraiment sympa. Jupe raconte aux deux personnages principaux que le massacre du chimpanzé a duré exactement 6 minutes et 13 secondes. Puis, lors de son spectacle, il affirme qu'un Ovni apparaît chaque vendredi à 6:13PM (18h13) depuis 6 mois. Mais ça n'est pas tout, Peele place souvent des versets bibliques dans ses films, comme dans Us ou tout simplement au débit de Nope. Et 6:13 pourrait bien être une référence biblique : un des passages de Matthieu 6:13 dit : "Ne nous induis pas en tentation, mais délivre nous du mal". Et Romains 6:13 dit : "Ne livrez pas vos membres au péché comme des instruments d'iniquité, mais donnez-vous vous-mèmes à Dieu, comme étant vivants de morts que vous étiez". Ces deux passages pourraient faire un parallèle avec les personnages du film, la tentation du spectaculaire peut rendre quelqu'un méchant et mauvais et le faire tomber dans les rouages de la célébrité. Le spectacle est le mal qu'ils doivent craindre. En effet, c'est un ballon symbole de la fête et du spectacle qui déclenche la folie meurtrière du chimpanzé et qui tue l'Ovni.
Sinon on va peut être parler de choses plus terre à terre non? Je trouve que le duo Daniel Kaluuya et Keke Palmer fonctionne merveille et se complete parfaitement. Le passé et les histoires des personnages sont bien développés.
Les plans d'ensemble dans le désert sont majestueux, surtout quand Peele y ajoute un travelling qui accompagnent les personnages. L'opposition de couleurs est très belle. Le bleu foncé de la nuit et l'orange éclatant du jour s'opposent parfaitement qu'ils se complètent.
Et pour ce qui est de l'horreur, car ne l'oublions pas ça reste un film d'horreur à la base, bah elle est juste excellente. Peele a une patte incroyable. Comme par exemple la scène des enfants déguisés en alien dans le ranch des personnages principaux. Putain, que c'est bien amené et que c'est flippant à mort. La plus terrifiante reste quand même pour moi celle où l'Ovni avale des centaines de gens, et qu'on les voit affolés, hurlants de peur dans le corps de l'Ovni, c'est d'une horreur folle. Après y'a aussi la scène du chimpanzé que je ne vais pas plus détailler et la révélation du visage défiguré par le chimpanzé dont j'ai aussi parlé.
C'était une très bonne idée de donner une deuxième chance à Nope car maintenant je ne suis plus dans le déni ni dans le non-savoir. Je savais pas que mon opinion allait aussi drastiquement changer.
Il se hisse extrêmement haut dans ma liste des me films préférés. Merci Jordan Peele pour ce putain de chef d'œuvre.
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