Monster
J’ai pris beaucoup de temps à réfléchir avant d’écrire cette review, car ce film est un peu un oignon et semble composé de plusieurs couches de détails.
D’abord, c’était magnifique, j’ai une place toute particulière pour les histoires d’enfants queers dans mon cœur. La dernière des trois parties à l’histoire est l’une des plus belles choses que j’ai vue de ma vie. Malgré tous les obstacles de leur amour, et toute l’homophobie qui pèse sur eux, les deux petits garçons arrivent à créer un lieu commun à eux où ils se sentent en sécurité et eux-mêmes. Et ce lieu, cette roulotte sur laquelle la nature a repris le dessus, il le décore de guirlandes d’étoiles lumineuses, de planète en carton et de dessins d’animaux. Personnalisant, l’espace d’une imagination débordante comme seulement deux enfants peuvent le faire. Malheureusement, la représentation queer (bien faite) il faut la trouver, et les propositions sont rares. Et parfois, il y a réellement des trésors à chérir comme Long, Long Time dans la saison 1 de the last of us. Cette séquence m’a fait ce même effet.
C’est un film qui se joue de nos préjugés et de nos pressentiments, c’est simple : pratiquement tout ce que l’on présuppose être arrivé dans ce film n’est pas arrivé, ou du moins pas comme on le pensait. Alors, on est face au constat aberrant de notre tendance, comme société à la simplification. Probablement, car être face à la complexité des autres de leurs histoires et de la nôtre, il est plus facile de fermer les yeux, croire un récit plutôt qu’un autre. C’est facile, moins de dissonance cognitive ou de questionnements moraux déchirants. Chaque être humain est un écosystème, changeant et unique, nous y compris, tout le monde possède une parcelle de vérité et de mensonge, de bien et de mal. Et dans ce monde déshumanisant, bureaucratique, en proie à une crise de l’empathie, qu’est-ce que l’on sait vraiment des vies des autres? N’a-t-on pas perdu notre capacité à dialoguer?
C’est aussi un film qui montre plutôt que dire, et parfois de manière violente. Comme lorsque l’on voit Yori recouvert de bleus, à moitié inconscient dans sa baignoire. C’est une scène bien que post-violence, absolument dévastatrice.
Bref, c’est beau, c’est triste, et protégeons notre jeunesse queer de l’homophobie, qui est le seul véritable monstre au final.