Deerskin
En un film Dupieux parcourt différents thèmes variés plus ou moins personnels qui valent chacun une nouvelle approche du film même si elles coexistent
La première approche se plonge dans l’état psychologique de Georges. La toute première musique audible dans le film est Et si tu n’existais pas de Joe Dassin et on apprend rapidement que le personnage de Jean Dujardin a rompu avec sa femme, il quitte son blazer, comme pour marquer cette transition, ce changement de peau, et se confirme lorsqu’il donne sa bague au réceptionniste. On suit donc la chute libre de Georges et sa bascule vers la folie qui se traduit par le cinéma absurde de Dupieux avec lequel on confond la réalité et la fiction (d’ailleurs un thème récurrent dans le cinéma de Dupieux avec Réalité). Georges noierai par ailleurs son chagrin dans l’achat de vêtement à des prix exorbitants ce qui relève de l’oniomanie
La deuxième est plutôt sociétale et se présente comme une forme de critique du consumérisme. Georges jette ici son blazer à l’instant même où il lui semble insignifiant (dans un geste aussi minime que regarder son reflet) avant d’acheter sa veste en daim à plus de 7000 euros. Georges n’accepte ensuite que des vêtements en 100% daim au point de porter un mépris au synthétique « J’ai une gueule à porter du synthétique ? », ce mépris se montrerait aussi dans la haine que porte Georges aux vestes des autres. Georges a été aliéné par le consumérisme, il dilapide quasiment uniquement son argent dans ces vêtements (il achète directement des gants avec l’argent du patron de Denise, celle-ci qui insistait quelques secondes avant sur le fait que cet argent devrait être dépensé dans le film l’accompagne finalement et se voit même encourageante dans son geste « t’as vu le style de malade ? », elle a également été aliénée)
Cette critique porte aussi sur l’exploitation animale, au fil de ses achats, Georges se retrouve couvert de Daim, il devient le daim et sera pour ça tué par le chasseur vengeant son fils à la fin, Denise récupérera machinalement la veste, comme un chasseur récupère la peau de sa proie. La frontière effacée entre le cinéma et la réalité serait ici la frontière de la morale humaine qui juge certains êtres comme méritant de vivre et d’autres seulement comme matière première
Enfin la dernière approche est plutôt autobiographique et porte sur la carrière de Dupieux. Avec l’achat de la veste, Georges acquiert le caméscope ce qui fait évidemment un lien avec le cinéma. Par ce biais, on retrouve également une critique du milieu du cinéma, dans la mythomanie de Georges et son histoire invraisemblable avec ses producteurs en Sibérie, on retrouverait une forme d’hypocrisie des producteurs envers le cinéma de Dupieux : les galères financières, le manque de confiance (Denise insiste pour devenir productrice et agrandir la dépendance financière de Georges) etc. L’amour obsessionnel de Georges pour sa veste traduirait donc la passion ardente de Dupieux pour le cinéma (et son cinéma qui refuse de se calibrer aux attentes du public (comme dans Yannick ou le personnage représenterait le public qui voudrait dicter à Dupieux ce qu’il doit réaliser) ou des producteurs) allant jusqu’à mépriser le cinéma des autres (par le mépris pour les autres vestes) jusqu’à le pousser à sa propre perte
Ou ça se trouve Dupieux s’en battait les couilles et voulait juste mettre en scène un mec bizarre, et c’est ça qui est bien !