Wall Engravings
Les meilleurs films sont peut-être ceux sur lesquels on arrive pas à mettre de mot
C’est d’ailleurs l’une des questions que ce film semble poser : comment être compris quand on ne se comprend pas soi-même ? Le film est vivant, il cherche à faire ressentir des émotions, à être médité
Avant de regarder Le Clair de Terre (1970), je n’avais jamais entendu parler de Guy Gilles. pourtant, il a probablement l’un des cinémas les plus puissants que j’ai été donné d’expérimenter
Là où Le Clair de Terre abordait le souvenir, par les racines, par le biais de témoins, en appuyant sur son rapport avec le temps, Guy Gilles touche ici au souvenir avec la perte, le regret, la disparition, notamment avec le rapprochement réalisable entre la tragédie du film et l’histoire de Marie racontée avec son album photo.
Les couleurs ont une grande place dans le film, Guy Gilles joue dans une mesure avec la temporalité en utilisant les couleurs, le progrès, donc, pour représenter des actions passées. Elles marquent l’espoir, une vie colorée métaphoriquement. Au contraire, le présent de l’histoire est en noir est blanc. Jeanne qui a pourtant un rapport fort avec la couleur se retrouve dans un monde estompé.
Dans cette mesure, l’utilisation des couleurs ou, au contraire, de la monochromie peut rappeler la scène d’ouverture de Cléo de 5 à 7 (1962) de Agnès Varda où Cléo, attendant les résultats d’un examen médical déterminant, joue au Tarot et perd espoir, se voit mourir. Le reste du film se déroule en noir et blanc.
Il y a quelque chose dans le cinéma de Guy Gilles d’insaisissable. Tout y est beau. Les dialogues sont poétiques et très reconnaissables, il y a beaucoup de répétitions, d’anaphores ce qui les assembles, tout sonne comme une grande tirade alors que les personnages se déplacent comme dans une chorégraphie, parfois dans des positions presque statuaires.
Le personnage de Jean est tellement mouvant, humain, il symbolise à lui tout seul la marginalité, les personnes laissées pour compte qui ne se retrouvent nulle part dans la vie ou plutôt dans ce que la société a fait de la vie. Il n’a pas réussi à s'émanciper. Jeanne a failli à lui faire aimer la vie. Il n’a pas pu accéder à l’exaltation du simple, presque épicurien. « Ô petit jean, tu aurais dû te laisser le temps de comprendre »
Jeanne, au contraire, semble ne vivre qu’à travers l’Autre. Elle se met à mourir quand elle comprend que Jean l’a quitté : « Jean, tout est fragile. Peut-on vivre d’un souvenir ? »
Guy Gilles nous met en garde. Il nous invite à ne pas succomber à l’aliénation avec le symbole de la nature en opposition avec Paris représenté comme presque oppressant à certains moments. C’est une ode à la vie. Il nous rappelle à nos racines mais pas de manière réactionnaire, au contraire, en quittant les moules construits par la société
Y’a tellement plus à dire c’est vraiment un très grand film j’ai vraiment rarement été aussi touché par un film