Cure
Ré examen de cette œuvre pour ma part que j'avais pas noté à sa juste valeurs pour diverses raisons notamment le fait que je débutait ma cinéphilie, je n'avais aucune capacité d'analyse de l'usage de la caméra où du déplacements des corps dans l'espace ainsi que le trait caractéristique de Kurosawa à savoir ces plans avec un personnages en second plan qui se parfait dans l'obscurité et crée le contraste (émotionnel, schématique). Le film s'apprécie d'autant plus la seconde fois, c'est une expérience unique, ce n'est pas juste un simple thriller noir, y'a vraiment des éléments d'horreurs psychologiques assez déroutant. On perd parfois le sens et l'incompréhension du film chez certains est peut-être là, un point fort du film, car comme Takabe (interprété magistralement pat Koji Yakusho) on commence lentement aussi à perdre nos repères, c'est une expérience hypnotique que l'on suspend à notre regard.
La mobilité des corps dans l'espace, les contrechamps, plans-séquences, notamment pendant la scène de l'interrogatoire, j'ai trouvé ça brillant. Les scènes rares mais inoubliables de flash-back, j'ai adoré.
Puis il y a aussi la compréhension morale du film, critique religieuse ? Symboles et pratiques occultes, spiritisme, secte... Psychologie hypnotique, mesmérisme...? Critique de la société japonaise qui enferme les individus et leurs émotions enterré pour créer des êtres vide et soumis ? Critique du patriarcat de manière plus étendue avec le Mal (symbolisé par l'excellent Mamiya) qui fait ressortir tel un chuchoteur, les traits les plus noirs et immoraux des humains, les haines renflouées, le sentiment d'injustice... La symbolique psychique de l'eau et du feu...
J'ai beaucoup aimé l'approche de *@Alex (que j'ai like sous ma review) qui aborde le film avec un pdv "marxiste" et c'est sûrement celle qui m'a le plus parlé dans l'état. La question de la perte du savoir, peu importe notre position dans la hiérarchie sociale et les rapports de force, nous rend étrangers à nous-mêmes. Et l'antagoniste, qui est plutôt une idée, abstraite, du Mal, pas simplement le mal biblique satanique, mais l'incarnation du vide. C'est la méconnaissance croissante qui se fait chair, c'est la perte de tout fondement social et sociétal. La prolétarisation de l'esprit. La docteure Akiko, femme médecin du film, illustre bien ça, c'est sa haine de l'homme (petit "h"), d'un patriarcat qui, depuis toujours, la rabaisse et l'assujetti et la résume à sa propre condition de femme (inférieure socialement) que Mamiya va révéler. Mamiya est un être amorphe, vide, il est rempli de la haine de toute l'humanité, c'est un nouveau *(Anté)Christ *qui a sacrifié son humanité (savoir qui il est, son existence) pour les péchés de l'Homme. Mais à l'inverse du Christ, il ne le fait pas pour sortir quelque chose de meilleure chez chacun d'eux, mais de juste sortir quelque chose, ce quelque chose enfoui, réprimé, ces haines fondées sur des affronts, des humiliations, une incapacité à trouver sa place. J'ai préféré Kairo mais ya des similitudes existentielles (bien plus poussé dans Kairo* tout de même).
Kurosawa est un génie et son cinéma me parle énormément. Rares moments de musique pour mettre à l'honneur les bruits blancs qui sont tellement immersifs qu'un simple verre d'eau qui tombe, fait froid dans le dos.
Je conclus par l'image de la scène qui se déroule dans le pressing, vers la fin du film, elle résume complètement l'emprise et la perte de sens, manifeste chez Takabe et donc présente chez nous, il ne sait plus, c'est la constante du film qui de manière croissante devient de moins en moins raisonné et raisonnable. La fin est absolument incroyable.