Fitzcarraldo
Nan mais wow. Herzog à un CV à faire pâlir (tous les marquis de Sade). C'est quoi cet énième bangers ?
J'ai enchaîné Aguirre et Fitzcarraldo aujourd'hui et évidemment y'a des similitudes énormes. Le paysage d'Amazone qui nous poursuit, son immensité, sa pureté originelle d'avant la Chute de l'Homme. Tout le long du film je me disais que comme Aguirre, notre nouveau Kinski (absolument incroyable) allait aussi vers un voyage sans retour, sans mérite, sans salut. Mais bien au contraire.
Déjà parlons du contour. Il y a tous les éléments qui me parlent dans le cadre de la Rencontre. La Rencontre de l'homme Blancs, l'Européen, plein d'ambitions, de projet, plein de génie. Et celle des Amérindiens et la sincérité des actes, le mystère des intentions, la sérénité du regard.
On ouvre ce film avec une scène d'opéra en Amérique Latine absolument grandiose et vibrante, Enrico Caruso qui va nous suivre tout le long de cette épopée. On y voit l'architecture coloniale européenne si vivante, vibrante, coloré. Se mêlent à ça les habitations des natifs déjà colonisés et habitué à l'Européen. On y voit les contours du Pérou avec la région d'Iquitos, ainsi que des fleuves amazoniens, notamment l’Ucayali River et les zones proches du bassin de l’Amazon River.
Le film se résume bibliquement en une phrase issue de l'Évangile selon Marc 11:23 :
*« En vérité, je vous le dis : si quelqu’un dit à cette montagne : “Ôte‑toi de là et jette‑toi dans la mer”, et s’il ne doute pas en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé. »
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Le film montre vraiment l'ambition sans mesure de l'Homme, crée le plus grand opéra de la forêt vierge. Pour ce faire, notre protagoniste, joué par Klaus Kinski qui retranscrit merveilleusement bien l'ambition, le virtuose, le génie, le grand architecte du Nouveau Monde, va tout faire pour réaliser son rêve et va même faire l'impossible, l'impensable, l'inimaginable.
Tout le monde sait qu'il n'y a pas eu d'effets spéciaux sur le bateau, ils ont véritablement tracté un bateau sur une pente avec des poulies et autres cordes.
C'est absolument magistral, Fitzcarraldo vogue dans ce paysage énigmatique comme Aguirre et les explorateurs de Pizzaro. Perdu face à l'immensité d'une nature qui l'observe et le scrute. La musique de Caruso ouvre un chemin vers la forêt éparse et hostile. Il y a un premier antagonisme avec les Amérindiens entre l'opéra et le chant de tambours que j'ai perçu comme guerrier.
La grande force du film réside justement dans ce croisement, cette rencontre, entre d'une part, l'équipage de Fitzcarraldo, et d'une autre part, les natifs. Imperceptible, parlant une langue inconnues, viennent et partent, apparaissent et disparaissent.
C'est cette tension pendant tout le film qui est super bien retranscrite, on ne sait jamais vraiment si les Amérindiens vont tuer, se venger, attaqué ou trahir notre équipage. Leur grande trahison sera, à la toute fin, mais c'est une douce et ironique trahison, car elle servira surtout leurs croyances : apaiser les mauvais esprits du Pongo. Ironique pourquoi ? Car Fitzcarraldo aussi se servait bien d'eux pour œuvrer vers son projet.
Au final, le film est une bonne leçon d'humilité. Évidemment, on est encouragé à avoir des rêves, à les poursuivres, à œuvré pour, continué, malgré les intempéries, les échecs, les retours en arrière. Mais la fin montre aussi un monde où les Amérindiens ainsi que Fitzcarraldo réalisent leurs objectifs propres, sans que le rêve et le but de l'un n'empiète sur celui de l'autre. C'est sublime.