Magellan
Excellent film sérieux. J'ai vu les critiques Allociné et compagnies et je me demande si les gens regardent vraiment le film. Je ne parle pas uniquement de ce qui se passe, mais aussi de ce qui ne se passe pas dans le plan. L'instant figé, la solitude, la saudade, l'abandon, l'errance sur les mers, la perte de nos repères, de notre sens de la justice, de notre foi (de celle des autres aussi).
Ce n'est pas un énième biopic de merde qui commence par une enfance, un caractère prodigieux, une vie prophétique qui allait l'amener à entreprendre un voyage épique, plein d'actions, de sang et de dilemme moraux bidon. Nan, le film ouvre sur quelque chose de tout autre, bien plus intéressant, bien plus pertinent.
Le film est d'une beauté sans nom et j'ai été pris plusieurs fois de stupeur et d'étonnement face à ces paysages du Portugal, de terres sauvages brumeuse, de mer sans fin, de plages avec un ciel orageux, en colère, contre l'Homme.
En voyant ce film, je ne cherchais pas une pertinence biographique et une fidélité 100% véridique de son parcours de vie. Le film est étiré, lent, silencieux, on retrouve les grands chapitres de la vie du navigateur portugais et ça suffit. Pour mon partiel d'histoire moderne c'est un film intéressant à mobiliser en ouverture sur le regard non-européen (celui du réalisateur, philippin) sur Fernão de Magalhães, navigateur héros portugais et européen pour les uns et meurtriers et manipulateur pour les autres.
Et c'est bien d'avoir le regard aussi d'un réalisateur philippin sur les propres autochtones de ces régions qui, pour un Occidental normalement constitué, ne restent rien de plus que des sauvages, car Lav Diaz nous montre aussi fidèlement ces autochtones, des... Sauvages. Le mythe des Lumières s'effondre encore une fois.
En-tout-cas, bonne diatribe contre les puristes qui pensent qu'on ne produit plus de bon film récents, la preuve en est, 2025. Image magnifique, plan fixe génial, pas de mouvements de caméra ou de bande son vibrante, juste la nature, les Hommes, le mouvement et l'immobilité.
J'adore Gael García Bernal encore une fois.