Bugonia
J’ai vraiment adoré Bugonia. C’est un film qui dérange, mais qui le fait pour une raison. Même quand je ne comprenais pas tout, j’avais l’impression que Yorgos voulait justement nous laisser dans cet inconfort, et ça nous force à réfléchir à ce qu’on regarde.
Le travail sur les couleurs est vraiment flagrant. Au début, tout est froid, gris, presque déprimant, une vision très moderne, très “monde réel”. Puis dès que le complot commence à s’installer, les couleurs deviennent de plus en plus chaudes, presque étouffantes. C’est comme si la tension se voyait à l’écran. Emma Stone passe de vêtements ternes à cet énorme tunique rouge vif qui ne lui appartient pas. Ce rouge lui colle une identité qu’elle n’a pas choisie et montre clairement qu’elle est embarquée dans quelque chose qui la dépasse.
La caméra aide beaucoup à créer ce malaise. Elle reste fixée, immobile, comme si elle refusait de nous laisser respirer. Pas de mouvements inutiles, de manière à ce qu’on soit obligé de regarder les personnages perdre pied, d’être coincés dans les mêmes pièces, les mêmes silences et les mêmes moments de pur tension.
Teddy est vraiment le portrait parfait de comment se forment les cultes. Il n’a pas l’air violent ou autoritaire au début, mais il utilise son lien affectif pour embarquer son cousin dans ses délires. Il parle avec conviction, il croit vraiment à ce qu’il raconte, et c’est là que ça devient dangereux. Son personnage était à la fois fascinant et terrorisant tant il touchait parfois à la folie pure.
Avec le personnage de Don on voit comment quelqu’un peut perdre son innocence juste par fidélité, par amour, par naïveté.
Ce qui m’a aussi beaucoup plu, c’est tout ce que le film dénonce en arrière-plan. Le film dénonce la politique américaine qui tourne en rond, la surconsommation, la destruction de la nature, l’égoïsme profondément humain. Même la manière dont les riches et les pauvres vivent deux réalités totalement différentes ressort clairement.
Bugonia nous met mal à l’aise, mais c’est un malaise qui a du sens. C’est un film qui provoque pour nous faire voir ce qui cloche dans notre monde, et qui le fait avec une mise en scène hyper précise et intelligente.
Je n’avais pas été aussi agréablement surprise d’un film depuis bien longtemps.