RIPLEY
Oserais-je dire la meilleure production Netflix depuis des années ?
Ce qui est assez fascinant dans cette œuvre c’est ce qu’elle soulève sur le monde contemporain. Serge Daney parlait du Bon, La Brute et le Truand lors de sa ressortie à la télévision française comme un film qui est à l’heure.
Mais c’est quoi être à l’heure ?
Toutes les adaptation du livre de Patricia Highsmith ont toujours cherché à révéler quelque chose sur une époque ou un territoire. On pense évidemment à Plein Soleil avec Delon, certainement l’adaptation la plus acclamée critiquement, et à juste titre. Mais Plein Soleil s’écarte tellement du matériel original que le mythe de Ripley reste en toile de fond du récit, dans Plein Soleil, les enjeux sont bien plus des enjeux de mise en scène que des enjeux littéraires et d’adaptation.
Le talentueux Mr.Ripley, l’adaptation américaine du roman est-elle beaucoup plus terre à terre et cherche à condenser le récit, à n’en garder que ce qui l’arrange pour en faire un thriller à la Basic Instinct. Quoique plutôt réussi selon moi, Ripley doit s’adapter soit de manière très complète (pas nécessairement littérale) ou alors ne doit être que prétexte pour raconter autre chose. Ripley (2025) fait un peu les deux à la fois.
Le format aide beaucoup, mini série en 8 épisodes, c’est l’adaptation la plus conséquente du bouquin jusqu’a présent.
Mais en vérité, ce qui rend cette adaptation a l’heure c’est ce qu’elle soulève sur le rapport à l’image.
Tout le monde sait que Ripley est indémodable, et continuera d’être adapté à la manière d’Hamlet, à l’infini. Il n’en reste que Ripley s’inscrit dans une temporalité très précise. Tout repose sur l’accès et le rapport à l’image de la société. Difficile d’imaginer Tom Ripley capable d’escroquer, d’imiter et de tuer tout aussi facilement à l’heure de la vidéo surveillance et des réseaux sociaux.
Ripley (2025) insiste énormément sur cela. Quitte à devenir l’un des nombreux points de bascule du récit. Je n’en dirai pas trop pour ceux qui souhaitent voir la série, mais c’est assez remarquablement exécuté.
L’un des très gros points forts de la série, c’est qu’elle reste très accessible. On peut se dire, série en noir et blanc, polar tout droit sortis d’un film noir des années 50 qui traite aussi du rapport à la créativité et à l’art de l’individu, ça peut faire peur. En réalité, tout est fait pour que le spectateur possède toute les clés de compréhension, que ce soit autant pour ceux qui ne connaissent pas Caravage que ceux qui n’ont jamais écouté Mina ou Shostakovitch et qui de surplus ne connaissent rien à l’Italie des années 50-60.
En bref, Ripley représente l’exception de le paysage cinématographique actuel que représente Netflix.
#avec le daron