Amour
Amour ne se regarde pas, il s’éprouve comme une sentence immuable. Haneke nous tend un miroir où la maîtrise formelle touche au sublime, nous forçant à affronter l'intimité de ce que nous redoutons le plus avec une lucidité terrifiante.
Avant le drame, il y a la vie. La réalisation est incroyable de précision : chaque plan est un tableau, chaque cadre est posé. Et au milieu de cette rigueur, il y a la voix de Jean-Louis Trintignant. Cette voix grave, apaisante, parfaite à écouter, qui résonne comme le dernier rempart de tendresse dans cet appartement.> Tu es un monstre parfois. Mais tu es gentil - Anne
Puis l'inéluctable s'invite. Le travail sur le son devient vertigineux : les silences pèsent une tonne, et le moindre bruit du quotidien claque comme une explosion. On sent l'appartement se refermer sur eux, devenant petit à petit un tombeau. C'est froid, c'est dur, c'est réel.
Nous voilà voyeurs, piégés avec eux par cette mise en scène qui ne nous laisse aucune échappatoire, on a l'impression d'entrer dans une intimité qu'on ne devrait pas voir. La caméra nous force à regarder la douleur en face, sans artifice, et ça nous renvoie à notre propre fragilité.
Mais au-delà de la cinéphilie, l'angoisse me saisit. Je ne vois plus des acteurs, mais le spectre de ma réalité. Dans l'égarement d'Anne, je projette la peur viscérale de voir ma grand-mère s'effriter, rongée par l'oubli d'un début d'Alzheimer. Face à Georges, je lis l'épuisement de mon grand-père, cet aidant à bout de force. Ce film matérialise mon pire cauchemar : leur vulnérabilité et mon impuissance.> *Qu’est-ce que tu voudrais qu’on fasse ? [...] Ça ira de mal en pis. Puis un jour, ce sera fini. - *Georges
Enfin, Amour pose la question vertigineuse de la fin de vie avec une justesse parfaite. Jusqu'où aimer l'autre ? Le geste final n'est pas une violence, mais une libération, peut-être l'acte d'amour le plus absolu et le plus terrible qui soit. On finit le film le cœur en miettes, mais avec cette certitude : l'amour, le vrai, reste là, même quand tout le reste s'éteint.
Et après l'avoir vu, toute personne pourrait enfin se comparer à Trintignant qui disait :> C’était un sentiment... comment dire ? De honte. Je me sentais honteux. D’avoir pleuré. Mais c’était pas ça, c’était... C'était juste le film
Parce que oui, pleurer n'est pas un signe de faiblesse, mais un signe d'amour.
#blu-ray