Irreversible
Je fais partie des gens ayant beaucoup aimé ce film, que je trouve magistral et extrêmement bien réalisé.
Dès le début, le film glace le sang et j’avoue qu’il m’a tout de suite mis très mal à l’aise (bien avant la scène du tunnel).
Comme chaque séquence du film se déroule avant la suivante, on commence par une fin horrible dans un club gay où la caméra ne s’arrête littéralement jamais plus de 3 secondes. C’est très réussi : on a envie de vomir, on a l’impression d’avoir pris une drogue ou quelque chose et d’être complètement perdu dans ce club. C’est un vrai exercice de style, avec des couleurs rouge néon qui ne s’arrêtent pas, et j’avoue que j’aurais difficilement pu regarder tout un film comme ça, MAIS selon moi, il aurait été plus cohérent que la caméra reste instable tout le long du film.
Parce qu’après la scène du club, on revient à une manière plutôt classique de filmer, et je ne comprends pas pourquoi. Une explication plausible serait que Noé ne souhaite faire ça que pendant les scènes de club ou de soirée, mais il ne le fait pas lors de la deuxième soirée. Une autre serait de dire qu’il ne souhaite le faire qu’à partir de la scène du v (avant, du coup), mais là encore, on a une caméra plutôt stable pendant la scène du taxi ou celle où ils parlent aux prostituées.
Maintenant, la scène du tunnel : effectivement, c’était très difficile à regarder, mais en même temps je pense que c’est un choix très intéressant de la faire durer aussi longtemps en un seul plan fixe, montrant à quel point chaque minute passe lentement pour la victime, et nous obligeant à regarder, sans détourner les yeux, les horreurs commises par certains hommes.
Je peux difficilement dire que j’ai apprécié cette première partie, mais je dois reconnaître qu’elle était particulièrement bien réalisée. Maintenant, je trouve que la deuxième partie (après la scène du tunnel) est peut-être encore meilleure, parce que les dialogues sont tellement bien écrits et tellement bien joués (Monica Bellucci donne, sans exagérer, une des meilleures performances que j’aie pu voir jusqu’à présent) qu’on est à 100 % dans le film. C’est aussi là où l’idée de base d’Irréversible — c’est-à-dire que chaque scène se passe avant la suivante — prend tout son sens.
En réalité, pendant la scène du tunnel, on ne connaît pas la femme qui se fait v, on ne connaît pas sa vie, on sait juste son nom. Et petit à petit, grâce à la suite de l’histoire, on voit d’où elle vient, sa vie amoureuse, sa vie sociale, ce qui nous brise encore plus vis-à-vis de cette scène déjà horrible à la base.
Je trouve que la deuxième partie est la plus intelligente du film, et la fin (le plan dans l’herbe) est incroyable, mêlant ce côté « tout va bien » d’avant le v et l’exercice de style des mouvements de caméra. Dommage pour le dernier plan sur cette lumière bizarre, qui selon moi est en trop.
Après on peut quand même critiquer le fait que le film tend vers une "stylisation" d'un événement grave, avec toutes ces lumières, ces mouvements de caméras alors qu'on parle quand même de v. Et puis cette scène dans le club gay est un peu perverse, mais perverse abusée, genre tout les gars du clubs sont montrés comme des nymphomanes sans valeur et sans dignité, alors certes pour accentuer le malaise, mais je pense qu'il aurait été bien que Noé y aille plus dans la finesse.
Tout ça pour dire que ce n’est pas juste un film qui choque pour choquer, c’est un film qui choque pour dénoncer, et je dois dire qu’il le fait plutôt très bien. J’ai hâte de voir comment Gaspar Noé va améliorer les défauts que j’ai trouvés à ce film, et qui m'ont empêchés de mettre une meilleure note (s’il les améliore).