Dogville
Lars von Trier ne m’a jamais déçu, mais là je suis resté sans voix. C’est sans doute mon film préféré de lui.
Dogville raconte l’histoire d’une femme vulnérable qui expose ses faiblesses face à une communauté qui va progressivement abuser d’elle. Le film est d’une intelligence rare. Von Trier fait un choix radical supprimer tous les décors réalistes afin que le spectateur reste concentré sur le texte les dialogues et surtout la dimension morale de l’histoire. Cette mise en scène renforce la puissance du propos.
Le film dénonce à la fois le traitement injuste que les femmes ont subi pendant des siècles, mais aussi l’hypocrisie sociale et l’abus de pouvoir, notamment dans les rapports de domination économique et morale. L’absence de murs est particulièrement marquante au début, on ne comprend pas ce choix, puis on réalise qu’il permet de tout voir. Pendant que Grace est humiliée et abusée, les autres habitants « ne voient rien », alors que tout est sous leurs yeux. C’est une critique glaçante de la passivité collective.
Enfin la vengeance finale, bien que brève, est d’une intensité remarquable. Contrairement à certains films de Park Chan-wook où la vengeance est stylisée et spectaculaire, ici elle est morale, presque philosophique. On sent que le personnage doute, qu’elle prend du recul, ce qui rend sa décision encore plus forte
#chef d´oeuvre