WandaVision
2024 à la Télévision - Rétrospective
Alors que Disney+ diffuse actuellement Agatha All Along, sa série Halloween-esque sur la sorcière éponyme campée par Kathryn Hahn, retour sur le projet qui a vu la première apparition de ce personnage : WandaVision. Début 2021, la toute première série des studios Marvel avait pris tout le monde de court, par son originalité désarçonnante pour un produit de la maison des idées : rétrospective !
Le premier épisode de WandaVision s’ouvre sur une voiture arrivant dans une charmante banlieue on ne peut plus américaine. L’image est en noir et blanc, la musique digne du Dick van Dyke Show ou encore de I Love Lucy… On se croirait transporté dans les années 50 à regarder un programme de l’époque. Seulement voilà, à l’avant de cette voiture se trouvent deux Avengers bien connus du public : Wanda Maximoff, la Sorcière Rouge, et Vision, un androïde plus humain que robotique. Qu’est-ce que ces deux super-héros, jusqu’à alors assez secondaires dans l’univers Marvel, font dans une sitcom ? Au fil des épisodes, nos héros vont traverser les époques, revivant chaque âge d’or de la télévision, et réalisant que leur vie n’est peut-être pas ce qu’elle semble être… Je vous l’accorde, ce synopsis est pour le moins déconcertant. Qu’est-ce qui a poussé Kevin Feige, le grand manitou de la franchise, a validé un projet aussi bizarroïde, après une vingtaine de films réputés pour leurs lacunes artistiques ?
Chacun des épisodes de la série revisite un type de sitcom caractéristique d’une décennie, rendant hommage aux oeuvres les plus déterminants de l’histoire de la télévision : Malcom in the Middle, The Office, Modern Family… La créatrice, Jac Schaeffer, et le réalisateur, Matt Shakman, ne boudent pas leur plaisir à recréer dans les moindres détails ces gimmicks iconiques – par exemple, les deux premier épisodes ont étés tournés avec un public comme à l’époque – avec une précision époustouflante, allant des dialogues aux costumes, en passant par les coupures publicitaires et les génériques. WandaVision est donc bien plus qu’une énième aventure super-héroïque à la Iron Man : c’est un voyage toujours surprenant, diablement divertissant et dopé au mystère. Les questions s’empilent dès les premières minutes et c’est justement cet aspect énigmatique qui contribue au charme addictif de la série, qui met (enfin) en lumière deux personnages jusqu’ici relégués à l’arrière-plan, en dépit de leur immense potentiel.
Depuis leur introduction dans le deuxième opus des Avengers – L’ère d’Ultron en 2015 – Wanda Maximoff et Vision n’ont pas eu beaucoup de place pour exister. Leur romance n’est même pas centrale aux deux autres films dans lesquels ils sont apparus (Captain America : Civil War et Avengers : Infinity War) et la décision de leur consacrer une mini-série de 9 épisodes avait de quoi surprendre. Cela tombe vite sous le sens lorsque l’on réalise que toute cette production cherche avant tout à explorer les thématiques du deuil et de la reconstruction. Après les évènements meurtriers des deux derniers Avengers, l’heure est au traumatisme et à la guérison. En se focalisant sur Wanda, cette femme aux pouvoirs démesurés qui n’a en fin de compte jamais voulu rien d’autre qu’une famille – la sienne ayant été massacrée – le MCU trouve un personnage parfait pour incarner ces idées. Le tout est traité avec une sensibilité assez inhabituelle pour un projet de grands studios : c’est une série profondément bouleversante, et les deux derniers épisodes ne manquent jamais de me faire pleurer.
L’émotion est véhiculée par le scénario aux petits oignons, mais aussi par le casting – surtout Elizabeth Olsen. WandaVision lui offre sur un plateau d’argent la possibilité d’explorer chaque recoin de sa palette de jeu, et je suis encore à ce jour contrarié qu’elle n’ait pas remporté l’Emmy pour sa performance ahurissante. Non seulement Olsen adopte à la perfection les mimiques et codes de chaque époque télévisuelle que la série aborde, mais elle insuffle aussi une colère et une tristesse brute à chacune de ses scènes, prouvant que son nom mérite d’être cité aux côtés des grandes actrices de sa génération. Elle capte toute la lumière, tantôt hilarante tantôt déchirante. C’est une performance poignante – l’une des plus saisissantes que j’ai vu à la télévision ces dernières années. Son principal partenaire de jeu, Paul Bettany, est lui aussi excellent avec son numéro de robot en doute existentiel. L’alchimie entre ses deux fabuleux comédiens a enfin l’espace pour prendre vie et crève l’écran. Côté seconds rôles, c’est principalement Kathryn Hahn qui se démarque, armée de son charisme en béton et de son humour qui fait systématiquement mouche – pas étonnant qu’elle ait désormais droit à sa propre série, elle vole la vedette !
D'’un point de vue technique, j’ai déjà mentionné au-dessus l’incroyable minutie des équipes dans la reconstitution des différentes sitcoms recréées à l’écran (costumes, décors, accessoires, etc…) – et c’est effectivement l’un des grands atouts de WandaVision. Tout est maîtrisé de long en large, ce qui fait que jamais la production ne sombre involontairement dans la caricature ou la parodie. La mise en scène est soignée, fourmillante d’idées et d’inventivité. La photographie est de même impeccable – on pourrait lui reprocher une certaine platitude dans les derniers épisodes, mais cela colle avec le style que ces derniers volets essayent de reproduire. Globalement, on sent l’amour et le respect des créateurs pour la télévision et les possibilités que ce format offre : il y a une sincérité et une authenticité qui émane de l’ensemble du projet, ce qui est rafraîchissant pour une production estampillée Marvel (la marque étant réputée pour étouffer les artistes).
WandaVision est donc un projet rafraîchissant dans l’univers formaté des productions super-héroïques. Un divertissement efficace mais surtout intelligent, porté par une Elizabeth Olsen au sommet, et qui prouve que même Marvel est capable de faire du grand art ! Trois ans après, la maison des idées n’a toujours pas réussi à faire mieux : Agatha All Along réussira-t-elle à la surpasser ? Réponse le soir d’Halloween !