Aka Ana
Une vrai critique est absolument essentielle pour traiter ce genre d’œuvres d’arts si atroces, qui joue entre les frontières de la morale, de l’éthique et du réel
Tout d’abord, ce film utilise un format assez unique et totalement adapté au contexte : comme un journal intime, toute pudeur est brisée, l’intimité n’existe plus et la voix off appuie ce sentiment d’être plongé dans un cadre glaçant au milieu de leur être, aussi bien profondément physiquement que psychiquement avec les personnages.
On partage toutes leurs pensées et réflexions, le spectateur devient un support d’écriture, un support de parole.
Aussi, le réalisateur est partie intégrante du film, il ne délivre pas le message, ne cherche pas à changer les choses : il filme de manière brute et anéanti tout espoir, nous, en tant que spectateurs, sommes impuissant face à la détresse humaine dont nous sommes à l’origine
La sexualité est évidemment omniprésente, et trigger warning pour ceux qui voudrait voir ce film, c’est totalement un documentaire pornographique. Cependant la poésie qui s’en échappe transcende totalement le cadre imposé par ce genre de film, d’Agata détruit la conception d’un film X pour la recréer, de la même manière que chacune de ses filles cherchent à détruire leur Soi et renaître.
Les monologues de ces femmes renferment en eux la complexité la plus sincère de l’être humain. La sexualité questionne l’identité, le concept de soi se fractionne, entre l’enveloppe et l’intérieur, métaphore évidente du sexe physique mais également de la mort. Lorsque le Soi se trouve bouleverser, qu’un étranger pénètre ce Soi protéger par des barrières psychiques, le sentiment de mort fait irruption et submerge l’individu, on ne se sent plus Soi, on ne s’appartient plus. Et c’est pour cette raison que ces femmes semblent si proche de la mort, vide de toute envies et désirs, ils ont tous étaient détruits petits à petits, à force de mourir encore et encore.
La conception du monde de ses femmes repose uniquement sur la sexualité et pourtant tout semble déréglé : l’amour, les sentiments propres, les codes moraux, l’identité comme je viens de le dire, par le biais de la dissociation, le sens de la vie…
Il y a encore tellement de chose à dire à propos de la dualité entre esthétique et laideur, jouissance et ennui, l’ambivalence qui traverse ces filles toutes les nuits mais je vais me limiter ici
Aka Ana faut le voir quand on est loin dans la cinephilie et dans l’art en général, c’est un film qui se ressent à fond, remplie de détresse et de cruauté. Mais c’est un film à absolument voir dans sa vie, très très grande œuvre