

Grandiose, épique. Après tous ses films, Nolan m’a enfin conquis. Son expérience acquise au fil des années a mené à cette épopée absolument incroyable et majestueuse. La cinématographie est excellente. Les scènes sur la mer sont magnifiques à regarder et on ressent le plaisir que Nolan a eu à produire ses plans de paysages. Le tout, accompagné encore une fois des musiques sublimes de Ludwig Göransson. Je ne cacherai pas avoir eu quelques frissons à certains moments. La traversée des sirènes en sourdine avec la description en monologue de ce qu’Odysseus entend est tellement bien pensée. La marionnette utilisée pour le cyclopse Polyphème est géniale. On croirait à un costume digne d’un film de Guillermo del Toro. L’ambiance sombre et sordide de la grotte ne me donne qu’une seule envie: de voir Christopher Nolan réaliser un film d’horreur. Malgré les quelques coupures d’éléments de l’histoire originale de l’Odyssée comme l’île des Lotophages, l’île d’Éole ou l’apparition d’Hermès, les points principaux et messages importants du voyage sont présents et très bien réussis. Odysseus qui raconte ses regrets suite au siège de Troie à Pénélope, jumelé à l’action de la bataille et le suspense de la trame sonore, était sans aucun doute mon moment favori du film. La relation entre Odysseus et Athéna, une façon d’humaniser la déesse au travers de l’aide qu’elle apporte au protagoniste. Également une manière de faire grandir le personnage par les erreurs et défauts qui viennent avec notre humanité. Aussi, comment ne pas parler d’Argos, symbole d’espoir et d’optimisme pour qui on ne peut ressentir que de la tristesse. Tous les acteurs sont plus que bons. On peut enfin découvrir Tom Holland à travers un vrai rôle avec un minimum de profondeur émotionnelle. Matt Damon et Anne Hathaway sont parfaits encore une fois. Robert Patinson, bien que pas à son meilleur avec ce film, joue très bien sa part. Pour Zendaya, je suis un peu mitigé. Son talent est indéniable et sa performance est très bonne, mais j’ai souvent l’impression de voir le même personnage de film en film. Pour ce qu’elle donne, j’adore, mais on perçoit un certain manque de diversification. Je passe par dessus bien d’autres acteurs, notamment Nyong’o et Page qui jouent leur petit rôle à merveille, n’en déplaise aux faux polémistes. Je suis conscient de mon biais pour tout ce qui à trait à la mythologie grecque, et c’est probablement la raison pour laquelle il se peut que j’aime ce film plus que la majorité du monde, mais je crois personnellement que c’est le meilleur film du réalisateur. Une histoire de trois heures sans le moindre temps mort. Je n’aurais pas détester avoir quelques instants plus axés sur la contemplation de l’œuvre, quitte à étirer la durée du film, mais la cadence de ce dernier me plaît malgré tout. Pour ma première expérience en IMAX 70mm, j’aurais difficilement pu imaginer quelque chose de mieux. Un film que tout le monde devrait se faire la faveur de regarder au moins une fois dans sa vie.



Sachant maintenant que ce film est tiré de faits réels, tout est remis en contexte et me parait plus clair. Je perçois l’histoire comme un cri de désespoir et d’impuissance d’une population terrifiée qui ne peut compter sur l’autorité pour la défendre. Une critique de l’incompétence policière souvent caricaturée à l’absurde dans cette œuvre. Une frustration ascendante représentée par la descente vers la folie du détective Seo, originellement calme et rationnel. Incroyable colorimétrie tout au long du film. Une palette de couleurs assez sombres et grisâtres, où le rouge ressort vivement de l’écran. Ce rouge qui sort de l’ordinaire est un des meilleurs indices que les détectives utilisent. Ce focus sur ce qui attire l’attention, une recherche d’éléments inhabituels. Et si ce que nous cherchions n’était pas juste à côté de nous? Dans la vie de tous les jours, parmis nous, quelqu’un qu’on ne soupçonne pas... La fin, cette courte brisure du 4e mur, nous rappelle que nous ne connaissons jamais réellement ceux qui nous entourent. Que les plus grands monstres se cachent à la lueur du jour, dans les habits de monsieur et madame Tout-le-Monde.