

Je ne vais rien vous apprendre, j’imagine, mais la France rurale, notre extrême droite la fétichise. Cependant, cette France-là n’est, en réalité, pas celle que l’on retrouve dans les beuveries du *Canon Français*, mais plutôt celle qu’Alain Guiraudie nous décrit dans *Miséricorde*. Dans les campagnes françaises, on retrouve des hommes violents, des meurtriers, des alcooliques, mais aussi des personnes queers obligées de refouler leur homosexualité. Et toutes ces catégories sociales sont représentées dans le patelin qu’Alain Guiraudie dépeint dans *Miséricorde* et qu’il transforme en véritable lupanar. On distingue également un protagoniste plus érudit et plus nuancé que le reste de la populace, l’abbé du village. Ce dernier, lui-même homosexuel, est probablement mon personnage préféré du film. J’ai notamment beaucoup aimé toutes les ambiguïtés que celui-ci relève sur la justice et la prison. Alain Guiraudie nous montre également qu’avec cette France-là, nous partageons plus que ce que nous pouvons penser. Moi aussi, par exemple, j’aime le pastis, Robert Pirès et l’Olympique de Marseille. De même, Edgar, mon pote, est lui aussi un homosexuel refoulé qui vit dans une société hétéronormée. Alors oui, certains personnages sont assez caricaturaux mais en même temps, la France rurale est-elle réellement si complexe que François Ruffin et Fabien Roussel l’imaginent ? En tant que bourgeois d’extrême gauche, j’ai eu en outre quelques difficultés à m’attacher à la plupart des personnages, souvent homophobes, de ce film. *Miséricorde* se concentre également peut-être trop sur l’enquête judiciaire qui n’est pas forcément la thématique la plus intéressante de l’œuvre. Alain Guiraudie explore ici beaucoup d’idées mais le film aurait mérité d’être encore plus ambitieux. *Miséricorde* reste néanmoins un film très dynamique, souvent drôle et très lucide sur les personnes qu’il dépeint, sans idéalisation, ni mépris. Une véritable œuvre naturaliste en somme.

Si Jean-Luc Mélenchon décède avant l’élection présidentielle de 2027, je sais désormais pour qui je voterai, et ce sera pour Ayumi Hamasaki. En plus d’être la reine de la J-pop, je découvre dans *Grains de sable* qu’elle est aussi une actrice exceptionnelle. Elle n’est pas française, et alors ? Qui m’empêcherait de voter pour elle ? Thierry Hory ne va pas me sauter dessus dans l’isoloir, enfin j’imagine. J’ai rarement vu un film qui décrivait aussi bien la période du lycée que *Grains de sables*. Ryōsuke Hashiguchi, le réalisateur de cette œuvre, rappelle ici que les premiers amours sont d’abord une source de tourments et de jalousie pour beaucoup de jeunes personnes. Amour et sexualité font en effet énormément souffrir les deux personnages principaux du film, Ito, un jeune garçon homosexuel, ainsi qu’Aihara, une nouvelle élève, victime d’un viol dans son ancien lycée, et incarnée ici par Ayumi Hamasaki. Tous deux sont constamment victimes de violences homophobes et misogynes dans *Grains de sable*. Heureusement, ces deux parias se lient très vite d’amitié et se soutiennent mutuellement. Deux lycéens exclus à cause de leurs différences mais qui s’entraident, c’est exactement cela l’intersectionnalité. *Grains de sables* commence de manière assez semblable à la plupart des films d’adolescents japonais que j’ai eu l’occasion de regarder, et étant donné mes notes sur Letterboxd, c’est plutôt un compliment de ma part. Cependant, la deuxième partie est beaucoup plus sombre. Ryōsuke Hashiguchi y décrit comment un personnage plutôt sympathique et ouvert d’esprit comme Yoshida, le meilleur ami d’Ito, se mue en un violeur homophobe. Effectivement, dans une société patriarcale, personne ne peut prétendre qu’il ne sera jamais un agresseur, et surtout pas les hommes. Dans *Grains de sable*, il y a plusieurs scènes où il est assez compliqué de ne pas avoir la gerbe. Je pense par exemple à l’agression homophobe d’Ito par deux camarades de classe mais aussi à la scène finale sur la plage. Ces passages sont magnifiquement mises en scène, mais mon dieu, qu’ils sont insoutenables. J’aimerais également rendre hommage à la musique du film. Elle n’est pas forcément si présente que dans d’autres *teen movies* japonais, mais j’adore l’utilisation qui est faite de cette bande originale. Malgré quelques longueurs, *Grains de sables* décrit donc de manière extrêmement juste la vie des lycéens, et surtout, le fait de manière très compatissante avec toutes les victimes. Le lycée, c’est d’abord un milieu où l’on expérimente l’amour. Enfin pour certains, ni pour moi, ni pour les deux protagonistes de ce film. Le lycée est également un lieu de grande souffrance pour toutes les personnes qui ne sont pas dans la norme, et cela, l’œuvre le rappelle si souvent.

Les utilisateurs d’*Allociné* sont des faquins. Sur ce site de merde, la moyenne de *Duelle (une quarantaine)* est de 2,3/5, tandis que celle d’*Avengers 3 : Infinity War* est de 4,3/5. Ces gens ne comprennent rien au cinéma. Ce n’est pas nouveau, mais j’aime toujours le rappeler. *Duelle (une quarantaine)* m’a fait penser à l’immense *Céline et Julie vont en bateau*, du même réalisateur. Je trouve l’esthétique surréaliste de ces deux œuvres assez similaire. Cependant, *Céline et Julie vont en bateau* est bien à la fois plus légère et plus radicale, alors que *Duelle (une quarantaine)* se prend parfois un peu trop au sérieux. Heureusement, *Duelle (une quarantaine)* garde un humour très absurde avec des scènes extrêmement ridicules. Au contraire des films hollywoodiens de science-fiction de l’époque, Jacques Rivette n’utilise quasiment aucun effet spécial. Rappelons que *Duelle (une quarantaine)* est sorti un an avant *Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir* et pourtant il n’ont pas vraiment la même vision de la science-fiction, on va dire. De la même manière, Jacques Rivette pousse assez loin l’exploration des relations entre les différents protagonistes du film qui sont par ailleurs principalement des femmes. Deux éléments là aussi plutôt rares dans les œuvres de science-fiction des années 1970. *Duelle (une quarantaine)* est une œuvre assez complexe, dont les enjeux ne sont jamais clairement explicités. Si vous voulez reposer votre cerveau, je ne vous conseille pas de regarder ce film. J’aime beaucoup l’ambiance assez ésotérique et mystérieuse qui se dégage de *Duelle (une quarantaine)*, même s’il y a effectivement quelques longueurs. J’aurais cependant préféré que le film aille plus loin dans l’absurde et accorde moins d’importance à son scénario assez classique. L’œuvre est remplie de symboles mais les difficultés que j’ai eues pour en comprendre l’ensemble des enjeux du film m’a empêché d’admirer cette richesse symbolique à sa juste valeur. Cependant, je ne peux en aucun cas retirer à Jacques Rivette son gros travail de mise en scène. Il y a quelques plans somptueux que David Lynch n’aurait pas renié pour *Twin Peaks*, même si ceux-ci sont finalement assez peu nombreux.

*Ghost in the Shell* est un film raciste et suprémaciste. Engager une majorité d’acteurs blancs pour un film qui se passe au Japon est-ce plutôt un choix esthétique ou un énième biais raciste hollywoodien ? J’ai ma petite idée… Alors oui, ressusciter Kusanagi puis la transformer en une femme blanche aurait pu être une bonne manière de critiquer l’uniformisation des critères de beauté par le capitalisme. Une personne séduisante aurait ainsi nécessairement des traits blancs et occidentaux. Néanmoins, ce n’est absolument pas une idée que Rupert Sanders développe ici. Ce choix catastrophique de casting gâche les rares qualités de l’œuvre. La retrouvaille de Kusanagi avec sa mère, scène qui avait tout pour être poignante, devient ainsi complètement risible. Oui, la mère de Scarlett Johansson est japonaise dans ce film. Ce racisme omniprésent est accompagné d’une transphobie assez dégueulasse. L’anime de 1995 est une formidable œuvre queer, alors que dans cette adaptation, la seule représentation LGBTQIA+, c’est une femme a priori trans qui urine debout. *Ghost in the Shell* reprend de nombreuses idées de l’anime de 1995, voire les pastiche, mais le tout sans aucune subtilité. De même, les scènes d’action et les enjeux politiques, qui sont beaucoup plus présents dans cette adaptation, y sont pourtant moins bien mis en scène. Dans cette version de *Ghost in the Shell*, il n’y a aucune violence explicite. J’imagine que le film est pensé pour des enfants de dix ans, d’autant plus qu’au niveau visuel, l’œuvre est beaucoup plus proche des merdes du *Marvel Cinematic Universe* que d’autre chose. Tout est extrêmement laid et on sent que toutes les scènes ont été tournées dans un studio, et jamais en extérieur. La seule thématique réellement abordée dans cette adaptation est la perte de mémoire et d’identité, autrement dit un sujet peu original, d’autant plus qu’il est amené de manière assez peu subtile. Kusanagi et le *Puppet Master*, d’anciens amoureux dont les souvenirs ont été effacés ? Que c’est bête comme choix. De plus, *Ghost in the Shell* a le même défaut que l’immense majorité des blockbusters, celui de vouloir toujours tout expliquer et de ne laisser aucune place à l’interprétation. Rupert Sanders n’a, je pense, rien compris à la version de 1995, auquel il rend pourtant hommage. Ou alors, il s’est simplement dit que les spectateurs sont idiots et qu’il fallait donc réaliser un film très simple. Ce qui est probablement pire…