Apocalypse Now
Quel chef d’œuvre absolu
Voyage au bout du Vietnam de Willard ou descente aux Enfers de Dante au côté du poète Virgile ? Apocalypse=Now m’a fait sensiblement penser au chant d’ouverture de la Divine Comédie. Dans son cantique, Dante entreprend une descente initiatique dans l’eau delà décrit comme un entonnoir formé par la chute de l’ange déchu. Le poète traverse une géographie infernale de différentes terrasses, différents cercles où les damnés sont condamnés à croupir selon leurs fautes. De la même manière, Willard, par sa remontée du fleuve Nung au Vietnam, entame une descente au cœur de ténèbres, pour faire référence à l’œuvre de Conrad dont s’inspire Coppola. Chaque étape de sa traversée marque un arrêt dans l’une des terrasse de L’Enfer qui le rapproche tragiquement du fond du gouffre où règne en gourou Kurtz à l’image de Lucifer remâchant éternellement les trois traîtres suprêmes de l’Eglise et de l’Empire.
Tout dans Apocalypse Now est parfait de bout en bout. La « Chevauchées des Valkyries » rentre au Panthéon de mes scènes préférées du cinéma, au côté de la scène de l’assassinat de Kurtz, éventré comme la vache sacrifiée en parallèle par ses fidèles, symbolisant à mes yeux la chute du veau d’or, le crépuscule de l’idole pour reprendre une métaphore chrétienne ; du dîner chez les Français patriotiques aveuglés par l’orgueil et le goût amer des défaites militaires françaises ou encore du décès de Clean sur fond de la cassette enregistrée que lui a fait parvenir sa mère : « J’ai hâte d’avoir de nombreux petits enfants à gâter » - déchirant.
Le film de Coppola m’a finalement marqué sur la peinture de la dualité de l’âme humaine : Willard est il un soldat ou un meurtrier comme lui demande Kurtz ? Un homme qui tue ou un homme qui aime comme lui suggère Roxanne ? Kurtz est il un animal ou un Dieu comme l’entend le photographe ? Un fou ou un visionnaire sur la capacité et la nécessité de s’adapter à l’horreur de la guerre comme s’interroge Willard ? Difficile de répondre à ces questions. En revanche une dialectique est refusée par Willard et sûrement par Coppola lui même : le protagoniste comme le réalisateur mettent en avant une hypocrisie américaine de se penser doublement comme soldats meurtriers et sauveurs. On pense notamment à la scène mythique où Gilmore, après avoir jeté ses « cartes de la mort » sur les victimes vietnamiennes, feint un instant d’être le Messie d’un blessé Viet pour très vite se recentrer sur une préoccupation bien plus importante : le surf. Willard lui même refuse ce mensonge. Finalement ne reste des soldats américains et de cette guerre meurtrière non pas leur ambition d’offrir une rédemption au Sud Vietnam, mais la triste réalité résumée par les derniers soupirs de Kurtz qui me marqueront à vie : « l’horreur, l’horreur »
Exceptionnel