Fargo
Si l’on avait à comparer le processus de recherche d’un film pour le bon déroulement d’une soirée cinéma à l’activité passionnante de se rendre dans une grande surface pour faire son marché, on pourrait alors mettre sur le même pied d’égalité catégorie/genre cinématographique et rayon de grande distribution. Par exemple : une folle envie de pizza emmènerait quiconque à se diriger rapidement vers le rayon surgelé là où une folle envie de suspens et d’action amènerait un spectateur à éplucher la liste des 50 meilleurs films policiers de tous les temps pour s’ouvrir l’appétit. Pour filer la métaphore, on peut se trouver dès lors assez surpris, tout comme il serait inhabituel de tomber sur une boîte de conserve de petit pois dans le rayon des fournitures scolaires, de retrouver Fargo dans la catégorie « Thriller » des plateformes de visionnage. Pas qu’on ne retrouve pas la trame familière du thriller du dimanche ( Enlèvement / Meurtre / Enquête ) mais plutôt parce que le film de Joel Cohen se trouve être … hilarant ?? Fargo, dans sa réalisation burlesque et décalée, m’a étonnement fait bien rire.
Le parti pris comique réside à mon sens principalement, au delà de scènes au ressort humoristique assez classique et évident - que ce soit un comique de situation ( Enlèvement catastrophique de Jean ) ou un comique de répétition ( Quel régal pour le doublement de la scène du ticket de Parking ), le tout sublimé par des dialogues parfois tellement mémorables et drôles - dans l’impression globale d’une abstraction totale des priorités chez les différents protagonistes. L’important ne semble parfois pas de faire avancer l’enquête mais de savoir ce qu’il y a dans son assiette, si la météo s’avouera clémente le lendemain ou si un tel ou un tel est circoncis. « Are you here for the homicides ? > Oh, there is quite nothing to say about it » : dans Fargo, l’enquête policière est une toile de fond qui permet de dérouler progressivement une réaction en chaîne catastrophique qui gravit des échelons burlesques jusqu’au point où l’on pourrait douter que le scénario soit tiré d’une histoire vraie. Les frères Coen sont ici redoutables pour donner vie à leur habitude à des personnages uniques, comme tout droit sortis d’une pièce de théâtre.
Mais quel intérêt pour les réalisateurs de mettre en scène ce fait divers si chaotique dans une ambiance comique et décalée ? Je pense qu’il est possible de trouver la réponse dans l’écho qui résonne entre Fargo et leur chef d’œuvre, No Country for Old Men : le représentation du dépassement face à la bêtise et à la violence humaine, surtout quand l’argent rentre en jeu. Mieux vaut en rire qu’en pleurer pourraient sans doute dire Ethan et Joel. « That God damn money Ed Tom » entend on dans le dénouement de No Country for Old Men. De la même manière Grace semble tout simplement dépassé par le fait qu’une poignée de dollars puisse condamner si facilement 5 victimes collatérales. Mais contrairement au shérif du premier film qui décide, après le décès inattendu de Llewylin et pour éviter de faire face à nouveau à des bains de sangs, de prendre sa retraite, Grace semble, elle, pour rester fidèle à l’esprit général de Fargo, faire totale abstraction de cet enchaînement de violence gratuite. La scène de fin est géniale : finalement, ce qui importe dans son Minnesota, c’est de se retrouver dans son lit avec son mari à parler de ses peintures aviaires. Très fort.
Je sors donc agréablement surpris et non mécontent d’avoir trouvé mon bonheur en retrouvant Fargo dans les thrillers recommandés par la critique ou plutôt devrait je dire en ayant trouvé une conserve Bonduelle parmi les cahiers Clairefontaine.