Vortex
Gaspard Noé est sûrement l’OVNI le plus connu du cinéma français actuel. À travers ses films, il nous conte le sexe, la cruauté humaine et la fin. Afin de nous raconter ces thèmes qui lui sont chers, il expérimente grâce à ses plans uniquement statiques de sa période années 90, ou bien grâce à ses mouvements de caméra incessants de sa période 2000. Dès son deuxième film (Irréversible, 2002), Noé s’est créé une carte d’identité remplie de lumières stroboscopiques, de néons et de cris. Son précédent métrage : Lux Æterna (2019) réunissait toutes ses lubies, mais apportait aussi un nouveau terrain de jeu pour le réalisateur : le Split-Screen (l’écran partagé).
En effet, ici, le Split-Screen a une place principale, car durant tout le film l’écran est divisé en deux cadres faisant instantanément penser au faire-parts de décès. Le Split-Screen nous montre aussi que la démence touchant la femme du couple, celle-ci de son mari. Séparant alors les deux l’un de l’autre.
Puisque le film n’est au final rien d’autre qu’un journal de bord sur la fin de vie. Sur celle du personnage de Dario Argento (réalisateur de Suspiria, 1977), vieil homme octogénaire refusant d’abandonner sa vie professionnelle comme sociale malgré ses difficultés physiques et cardiaques dues à sa vieillesse. C’est aussi celle de sa femme, interprétée par François Lebrun (La Maman et la Putain, Jean Eustache, 1973) vieille psy atteinte de démence et d’Alzheimer, à qui il arrive de se perdre dans son propre appartement véritable sanctuaire des vies passées de son couple. Mais c’est surtout la fin d’une vie pour leur fils, interprété par Alex Lutz, ex-drogué qui a toujours été dépendant de ses géniteurs et qui doit faire le dur acte d’inverser les rôles, afin de devenir le père de ses propres parents pour s’occuper d’eux et les protéger, mais il doit en faire tout autant pour son propre fils. Tout cela en attendant un dénouement inévitable, dont l’attente semble être à la fois trop longue et trop courte .
Car les deux heures vingt-cinq du film ne sont pas accessoires, elle nous enferme dans la vie de ce trio, nous montrant chaque faits et gestes, rendant ses personnages plus humains que jamais et rendant la destination finale plus cruelle que jamais.