Dunkirk
Énorme claque, mais pas étonné venant de Mr. Nolan.
Le film a une vision objective de l’événement historique. Le rythme est lent, répétitif et lourd, mais ça fonctionne bien pour représenter une bataille aussi complexe et meurtrière. Nolan évite le spectaculaire pour se concentrer sur l’expérience tragique de la guerre.
La mise en scène est très maîtrisée et cohérente avec les personnages. Le capitaine est filmé de manière droite et contrôlée (comme le veut son rôle), tandis que les soldats apparaissent dans des plans plus instables et cassés, c’est ce déséquilibre, cette peur qu’ils vivent. J’ai beaucoup apprécié que la plage soit traitée comme un personnage à part entière, un espace figé, uniquement témoin d’une bataille pour la (sur)vie.
Le travail du son est très réussi. Les battements réguliers, proches d’un cœur, et les sons dissonants créent une tension forte et marquante. Le jeu d’acteur est globalement très bon, sans excès.
Le film montre le traumatisme immédiat de la guerre, notamment à travers les soldats qui refusent d’entrer dans la cabine du bateau civil, par peur du ciel. Le personnage interprété par Cillian Murphy incarne un traumatisme plus indirect, qui mène à la mort de l’enfant qui l’a sauvé.
Le fait de ne pas connaître réellement le pilote à la fin renforce l’idée des héros anonymes. Son dernier geste, lorsqu’il déploie le train d’atterrissage à la main, c’est comme un ultime effort de guerre. La destruction de son avion peut être vue comme la fin d’une humanité brisée par la guerre. Enfin, la dernière scène avec l’homme qui distribue des couvertures avant le train implique que ces événements resteront incompris pour ceux qui ne les ont pas vécus.
Par contre, le film repose sur une narration fragmentée, avec plusieurs temporalités qui se croisent. Les retours en arrière sont fréquents et rendent parfois la compréhension difficile, notamment pour identifier les personnages. Cette construction m’a parfois sorti du film et explique la perte d’un point dans ma note.