Ghost in the Shell
Lors de mon premier visionnage j’ai été impressionné du soin apporté à l’esthétisme et à l’écriture (à tous les niveaux) mais également surpris, pourquoi un film si soigné devait-il s’accabler d’une sexualisation féminine mal placée ? J’ai donc utilisé mon gros cerveau pour tenter d’y répondre, était-ce pour le public cible ? (une bande de gooneurs qui regardait de la jap animation en 1995). Ou alors Oshii avait seulement oublié de retirer la main de son caleçon durant les story-boards du film ? Je pense maintenant avoir compris et vous l’exposer pour vous dire à quel point ce film est fantastique.
Comme je l’ai dit le public initial était majoritairement masculin (je n’ai aucun chiffre mais ça me semble logique), une communauté qui en plus de cela, a un regard animal sur le corps de la femme. Ça aussi je n’ai aucune preuve mais ça me semble également logique, je suis un homme et je sais que les câblages ne sont pas nécessairement très complexes. Sexualiser les quelques corps féminins du film met les personnages les possédant au niveau d’objet, alors même que le Puppet Master n’a de féminin que le corps puisque ce personnage est doublé par un homme. La quête de reconnaissance et de certitude d’être vivant, d’avoir une âme, est caractérisée par cette sexualisation, cette objectivisation. Aucun autre corps n’est sexualisé dans le film, on peut apercevoir quelques femmes mais jamais de fan service mal placé. La seule exception est à 36 min 30 environ, où l’on voit des mannequins aux courbes féminines, à la silhouette dénudée, il n’y a que pour ce qui relève de l’objet que le corps féminin nu apparaît. Ces mannequins ne sont pas sexy, ce sont des objets. Cette nudité est d’ailleurs toujours froide et sans désir.
C’est donc lorsque qu’ils s’émancipent de cette nudité que ces personnages deviennent des êtres vivants accomplis (un être pour le coup).
Batou, que nous savons attiré par la Major depuis la séquence du bateau (attiré d’un point de vue animal, charnel et non affectif, il n’a pas forcément des projets pour la Major mais ce n’est qu’un homme et donc ne pense pas toujours avec sa tête, en partie parce que c’est l’un des personnages les plus humains du film, au sens philosophique mais également humaniste). Batou dit donc à la fin du film à la nouvelle-née "je n’ai trouvé que ça, trop jeune à mon goût" en parlant du corps d’enfant qu’il a donné à son amie la Major (et donc la nouvelle-née). Le corps d’enfant incarne donc l’arrêt de la sexualisation et donc de l’objet. La Major et le Puppet Master n’étaient pas des êtres de chair à la base, la forme et la pseudo-maturité du corps qu’ils incarnaient ne veulent rien dire, la nouvelle-née le dit d’ailleurs "j’ai grandi, je peux maintenant parler avec ma voix". Il n’a donc jamais été question de suivre l’évolution de cet être, cette âme, à travers la forme de son corps, mais dans sa conscientisation de sa personne et sa capacité à s’émanciper de ce qui l’enfermait. Ce n’est donc qu’à la fin du film que la Major et le Puppet Master sont réellement vivants, assumés et accomplis.
Les corps féminins sont donc sexualisés pour être au service d’un sous-texte bien plus dense, et techniquement aucun personnage féminin n’est sexualisé, puisque qu’elles ne sont pas humaines, elles sont vivantes mais pas humaines. Elles sont sexualisées comme des objets et c’est en sortant de ça que ces personnages deviennent des êtres reconnus. L’apparition d’une nouvelle espèce douée de raison. On peut donc voir un sous-texte féministe : c’est quand le corps féminin ne sera plus sexualisé qu’elles seront pleinement reconnu pour ce qu’elles sont.
C’est cette précision dans l’emploi des éléments du film qui me fait aimer le cinéma.