Nino
Et bah en voilà, un film qui tient toutes ses promesses. J’ai absolument adoré, vraiment. Il y a une splendide tendresse qui émane du film de manière générale. Et puis la performance de Théodore Pellerin est si parfaitement juste que le film pourrait se tenir rien que par là. Mais en fait il va beaucoup plus loin. C’est magnifiquement écrit, dans les dialogues - du plus lourd au plus léger, du plus important (l’annonce de la maladie) au plus secondaire (la rencontre, aux bains) - comme dans le récit, vraiment même si le film se fait parfois lourd du fait de la maladie on ne le voit pas passer. Et puis il y a cette mise en scène que j’adore, cette manière qu’a Pauline Loquès de filmer son personnage, de l’isoler à la caméra comme pour rappeler sa profonde solitude (le plus clair du film) face à la maladie. Et puis son retour dans une sorte de communauté, notamment dans les plans avec Zoé, ou dans ceux avec Sofian à la fin du film. Même dans son attention, mais sans forcer, à sa gorge, aux petits gestes parasites qui rappellent toujours la réalité de la maladie, je trouve que c’est hyper marquant - de manière générale, cette manière de filmer les corps, qui oscille entre sensualité et gravité, c’est juste wow. Et en même temps, j’ai pas l’impression d’avoir vu un film qui est tant sur le cancer que ça (avec tous les présupposés dramatiques et un peu clichés qu’on y attache). Genre, évidemment le film est aussi grave par moment, Nino reste dans un état de détresse évident. Et il y a quelque chose de déchirant dans sa pudeur face à la maladie, dans son impossibilité d'avouer la vérité à sa mère... Mais je sais pas, je trouve que Pauline Loquès arrive à dépasser son seul sujet initial pour en faire un magnifique morceau de vie, pour proposer trois jours remplis et parfaitement traités. Ça tient notamment à la place donnée aux personnages secondaires : tout autant les amis (et décidément, je vais finir par vraiment bien aimer Wiliam Lebghil) que les rencontres fortuites -peut-être surtout les rencontres fortuites en fait, et celle de Zoé en premier lieu. Je trouve que toutes ces petites interactions, même juste pour une scène, ça rend le film hyper riche. Vraiment j’ai adoré. Et juste comme ça, le film arrive à tenir ensemble deux de mes micros-obsessions au cinéma : l’errance et le quotidien. En fait, dans la manière qu’elle a de dépasser le seul ancrage individuel pour réinscrire Nino dans une, difficile, intégration à une communauté plus large ça me rappelle un peu Oslo, 31 août (ce qui en fait encore un atout majeur à mon goût). Et puis y’a aussi cette magnifique exploration d’un Paris que Pauline Loquès arrive à subjuguer : genre les fucking bain-douches Petitot - ce qui m’autorise à 100% la filiation avec Aurélien, avec le thème de l’errance même si on est plus à Oberkampf ici et que Bérénice est devenue une maladie… Bref, que je suis heureux d'avoir pu rattraper le film. Merci Pauline.