Angel's Egg
L’Œuf de l’Ange est un film de jeunesse dans la filmographie de Mamoru Oshii, une œuvre profondément personnelle et expérimentale.
Le film suit une jeune fille errant dans une ville désertée, protégeant un œuf dont on ignore tout. Elle y rencontre un vagabond qu’elle fuit et craint d’abord, avant qu’une relation ambiguë ne s’installe entre eux.
Très expérimental, le film ne cherche jamais à expliquer l’origine de ce monde ni les motivations de ses personnages. C’est là l’une de ses grandes forces : ne rien expliciter, poser des éléments, montrer, et laisser au spectateur une totale liberté d’interprétation.
Sur le plan formel, le film est splendide. Les images, les cadres, le travail de la lumière et des ombres, le design des personnages et du monde environnant, notamment ces gigantesques squelettes d’animaux, composent un univers d’une grande cohérence visuelle. La ville est majoritairement plongée dans des teintes bleutées et verdâtres, froides et sombres, qui renforcent une sensation de vide et de mélancolie, comme si un drame ancien avait déjà eu lieu.
La jeune fille et le vagabond se distinguent visuellement. Ils captent davantage la lumière et sont dessinés avec des couleurs plus chaudes. À l’inverse, les autres figures, soldats ou pêcheurs, restent dominées par le bleu. Les chars, quant à eux, apparaissent dans des teintes rouge-orangé juste avant la rencontre des deux personnages.
Le travail sonore est tout aussi essentiel. Le film est presque silencieux, avec très peu de dialogues, mais chacun d’eux a un poids particulier. Les premiers mots prononcés, « Dare, anata wa dare » (« Qui es-tu ? »), posent une question qui traverse tout le film. Le silence est habité par le ruissellement de l’eau, d’abord apaisant puis de plus en plus oppressant, ainsi que par des sons isolés : vent, cloches, verre brisé, cris stridents. La bande sonore est d’une grande précision, et chaque détail semble pensé.
Le film adopte volontairement un rythme lent. Il travaille le temps, insiste sur le caractère désertique de cet univers, et laisse au spectateur l’espace nécessaire pour observer, écouter et s’interroger à chaque instant.
L’œuvre est chargée de symboles, en résonance avec la crise spirituelle traversée par Oshii à cette période. Elle invite naturellement à l’interprétation sans jamais en imposer une seule, qu’il s’agisse de l’espoir contenu dans l’œuf, d’un monde figé après une catastrophe ou de figures de foi et de doute qui se répondent.
Il existe sans doute de nombreux autres symboles à observer et à analyser, et chaque lecture reste légitime. C’est l’une des grandes beautés du film.
L’Œuf de l’Ange prend son temps et déploie une puissance visuelle et sonore remarquable. Si son rythme ou sa charge symbolique peuvent ne pas séduire tout le monde, il est difficile d’en ressortir indifférent.
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