La Jetée
Film de science-fiction d’auteur, La Jetée de Chris Marker explore le futur d’après-guerre mondiale, mais surtout la mémoire de son héros. L’histoire se raconte presque entièrement à travers des photographies fixes, mises en rythme par le montage, les battements de cœur et la voix du narrateur. On regarde ce film comme on explore un souvenir : on cherche à reconstruire, à enquêter, en avançant à travers les fragments du récit.
La confusion volontaire entre rêve, souvenir et réalité est flagrante. Le héros semble voyager dans le temps, mais on ne sait jamais s’il traverse réellement les époques ou ses propres images mentales. Le doute est entretenu jusqu’à la fin, où le passé et le présent se referment en une boucle tragique.
La profondeur du film est amplifiée par les décors réels, la musique quasi religieuse accompagnant la destruction de Paris, et le thème de la mémoire, figuré jusque dans ces statues aux visages effacés ou brisés.
La Jetée laisse une impression d’angoisse calme, presque mélancolique, comme si le spectateur se réveillait lui-même d’un rêve.