Wizards
Film d’opposition entre deux frères jumeaux : l’un incarne la nature, la magie, la vie ; l’autre, la technologie, la guerre, la mort. Tout dans la mise en scène prolonge ce contraste. Les plans se resserrent autour d’Avatar, les décors se colorent, tandis que la caméra s’éloigne de Blackwolf et que les paysages se figent dans des collages et des rotoscopies. Le dessin des corps accentue la fracture : Avatar est petit, dodu ; Blackwolf est long, maigre, presque spectral.
Ce manichéisme assumé se fissure pourtant. Blackwolf veut dépasser sa condition de mutant ; Avatar finit par abattre son frère avec une arme à feu. Le bien et le mal se contaminent, comme si Bakshi refusait de choisir un camp clair. Anti-système, ironiste, il glisse dans son film une satire de tout : la technologie, la religion, la guerre, et même les récits moraux trop propres.
Le climax arrive dans la bataille finale : un montage chaotique où se mêlent musique psychédélique, foules d’ombres et éclairs de lumière. Le spectateur bascule dans un bad trip visuel ; les images d’archives de la Seconde Guerre mondiale surgissent, la musique devient quasi religieuse, et la défaite prophétique des elfes semble se dessiner avant le retournement. Le rythme, la vitesse du montage, la confusion volontaire des plans rendent sensible l’horreur et l’ivresse de la guerre.
Bakshi signe un film libre, bricolé. L’imagination y côtoie le désordre, la critique flirte avec la caricature.
La représentation des femmes reste datée, cantonnées au décor ou à la fonction reproductrice.