Eureka
Eureka est un film qui interroge la manière de se reconstruire à la suite d’un traumatisme.
Au cours d’une prise d’otage dans un bus, le chauffeur Makoto, joué par l’excellent Kōji Yakusho, ainsi qu’un frère et une sœur, Naoki et Kozue, en sont les seuls rescapés.
Pour ces trois personnages, il est très difficile de se remettre du choc, en particulier pour les deux adolescents dont la mère s’enfuira de la maison et dont le père se suicidera peu après les événements.
De son côté, Makoto vit seul pendant deux ans. À son retour, il décide de vivre avec les deux autres victimes. Tous les trois seront rapidement rejoints par un cousin des adolescents, qui, lui aussi, a manqué de se faire assassiner voilà quelques années.
Pendant les 3h35 du film, on observe ces quatre personnages vivre ensemble, se rapprocher mais aussi se disputer. Shinji Aoyama, le réalisateur, nous fait vite comprendre que toutes les péripéties du film n’ont en fait que peu d’intérêt. Seuls le cheminement intérieur des protagonistes et les liens émotionnels qu’ils forment entre eux comptent réellement.
La prise d’otage a fortement impacté et transformé les trois rescapés. Makoto a une évolution assez particulière puisqu’il est devenu très mystérieux et proche de trois jeunes femmes, de sa nièce, d’une collègue de travail et de Kozue. Je m’attendais vraiment à ce qu’il soit dorénavant pédophile. Heureusement il n’est pas Patrick Bruel.
Naomi devient, lui, un assassin de jeunes femmes, tandis que Kozue est désormais une adolescente mature et sûre d’elle. Les femmes sont décidément beaucoup plus stables émotionnellement que les hommes.
Les paysages dans Eureka sont absolument magnifiques, en particulier lorsque les quatre protagonistes partent en voyage. Les deux dernières scènes sur une plage et dans les montagnes de Kyūshū sont splendides.
Eureka est une œuvre très calme et plutôt lente avec un côté ésotérique. Dans ce film, il y a quelque chose que je n’arrive pas à saisir, probablement parce que je n’ai pas été moi-même victime d’un tel traumatisme. De la même manière qu’en tant qu’homme blanc, je suis incapable de comprendre ce que signifie subir le patriarcat ou le racisme. N’est-ce pas François Ruffin ?
Comme souvent dans le cinéma japonais, en tout cas dans beaucoup de mes films préférés, Shinji Aoyama nous sous-entend qu’une adolescente, ici Kozue, est une figure mystique. Et si Jésus était en réalité une jeune femme ? Je devrais peut-être créer ma propre secte chrétienne.
Eureka est une œuvre très émouvante avec des personnages touchants mais qui a finalement assez peu de scènes tragiques. Je n’ai donc pas pleuré pendant ce film, qui m’a pourtant pris aux tripes.