> **Per essere poeti, bisogna avere molto tempo.**
Merveilleux. Le film m'évoque une multitude d'opposition politique, social, religieuse / métaphysique. Le fascisme et marxisme, l'homosexualité et l'hétérosexualité, le christianisme et le paganisme et ses composantes modernes nihiliste.
Le film pourrait se résumer par : un homme vient et part et son arrivé suivi de son départ, dont on ne sait ni la provenance ni l'histoire, va troubler toute une famille : le père, *Paul*, riche industriel conformiste, la mère *Lucie*, une épouse insatisfaite et nihiliste, le fils *Pierre*, un adolescent sensible et artiste, sa cadette, *Odette*, une fille plutôt réservée, et enfin la bonne, *Émilie*, une servante, femme de foi.
> Elle est à son tour engloutie dans ce décor maussade et arrogant de maisons de gens riches, pour lesquels ce serait déchoir que de donner signe de vie.
Ce que j'aime avec ce film, en dehors de sa grande richesse poétique et psychologique, c'est le fait que le corps parle, les regards, la caméra, les jeux de lumière. Tout est dialogue dans un film ou le dialogue est rare. Quand on regarde **Anne Wiazemsky** qui marche d'un pas hésitant et qui s'arrête tout d'un coup de dos dans un plan lumineusement sombre, on se doute bien qu'elle est pensive, qu'elle est travailler par diverses pensées. Et dans ce film c'est exactement ça la grande richesse, les personnages, même sans parler, même quand ils ne sont pas dans le premier plan, même s'ils ne sont pas dans le second plan, même si on ne les voit même pas à l'écran, on pense à eux, leurs errances, leurs pensées. Ce ne sont pas des acteurs, plus des acteurs, ce sont des corps qui pensent, qui ressentent, qui sont animé. **Pasolini** nous fait bien ressentir cette détresse psychologique laissée par un visiteur qui pourrait aussi bien être un Christ / Antéchrist, une image d'un sentiment plus profond de l'âme humaine, une prise de conscience, une réalisation matérialisée dans la chair, la révélation, l'annonciation de l'archange, le messager Hermès.
C'est un film profondément politique aussi dans son essence. L'ouverture du film est le passage qui donne sens à tout cette destruction, ce dépouillement d'une famille bourgeoise milanaise. Le voyageur n'est pas un révolutionnaire, c'est une idée, l'idée que les choses peuvent changer, que le Prolétariat International lui aussi à sa chance, son mot à dire, sa résilience. Lui aussi trouble la société, personnification de la famille bourgeoise. La lutte des classes, c'est cet homme que personne ne connaît, à qui tout le monde pourrait s'identifier, car il est beau. C'est lui qui nous fait réaliser que l'impossible devient possible. Que des archétypes fort, un père patron d'une usine (référence du début de film), une fille à papa, une épouse insatisfaite, un fils socialement intégré parmi les gens de sa classe. Puis tout d'un coup le château de cartes s'écroule, la maladie, la mort, la désertion, le chagrin, la torture, une désolation intérieur brute, la décomposition de la plus petite cellule sociale.
La fin c'est le dépouillement total, de la vie, des habits même, comme Saint-Jean le Baptiste, comme Moïse partant vers le Sinaï, ou le Christ tenté pendant 40 jours et 40 nuits dans le désert. L'enterrement de la servante à la fin aussi me fait penser à l'assomption, la Dormition de la Mère de Dieu. Mais c'est sûrement une sur-lecture chrétienne de ma part.
Film avec une tension émotionnelle et érotique dans la première partie, assez forte, qui laisse libre cours à une expression forte du cinéma de **Pasolini**, un cinéma axé sur les visages, sur les gestes. Un cinéma ou la caméra parle et où la musique ne nous commande pas nos émotions. Merci. (à Mozart qui accompagne de son requiem tout le film et l'ultime cri d'espoir et d'abandon du monde du père pour clôturer ce monument du cinéma).
> Mais sache bien tout de suite
> que nul n'a fait de révolution avant toi;
> que les peintres et les poètes dépassés et disparus, en dépit de l'air héroïque dont tu les auréoles, ne t'apportent rien, n'ont rien à t'apprendre.
> Jouis de tes premières expériences, naïves et têtues,
> dynamiteur craintif, maître des nuits sans frein, mais souviens-toi que tu n'es ici que pour être haï, pour renverser et pour tuer."
- **Pier Paolo Pasolini**, *Théorème*, 1988 (livre)