Les cinéphiles, amants du cinéma, sont peut-être plus ciné-fils, fils du cinéma. Mais le cinéma est lui-même un enfant.
En 1958, Vertigo nous apprend à nous méfier : de la mise en scène, de la couleur, des récits, de la splendeur. Du cinéma splendide et du cinéma tout court. Son influence percute toutes sortes de ciné-réalisateurs, de ciné-publics et de cinéphiles (fils). Désormais, nous faisons face à une apothéose du mensonge, ou du moins, à la dénonciation de ce mensonge.
Vertigo engendre la crise dont le cinéma avait besoin ; il dévoile une volonté de critiquer, et donc d’anéantir, le cinéma de la vérité. Cette critique, qu’elle soit écrite ou filmée, peut être subtile, s’aventurant aux lisières ténues de la vraisemblance pour révéler la fausse semblance, la mauvaise semblance. Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles : le réel qui ne pardonne pas, il n'a rien de spectaculaire: devoir gagner sa vie en se prostituant. Ou bien, cette critique peut faire exploser tout ancrage réel, brisant les plans sobres et les narrations continues pour dévoiler, par l’absurde, l’idée même du réel au cinéma. Non si sevizia un paperino, Jean-Luc Godard.
Parlons de lui. Godard ? Non. Non si sevizia un paperino. Un film de mensonges : mensonges de tueurs d’enfants et d’enfants eux-mêmes, mais surtout mensonges de cinéma, l’art de mettre en scène et l'art de monter. Les séquences violentes montrant la mort de l’innocente sorcière du diable et celle du coupable prêtre de Dieu mentent. Elles mentent car elles ne servent qu’à emprisonner le spectateur dans l’idée du coupable ; nous avons besoin d’un coupable aux motivations divines. Lucio Fulci en est conscient : ce coupable est le prêtre, celui qui prie pour les enfants au paradis, mais qui pour cela les tue, tue le cinéma, Hitchcock. Enfants d’enfants d’espoirs envolés et jamais rattrapés, le cinéma aux espoirs à jamais oubliés, j'espère... espoirs à la fois réels et spectaculaires.
Pourtant, on ne peut qu’être l’un des deux. Sinon, on finira par torturer un caneton, un cinéma. Et l’on ne veut pas torturer un caneton. Cinéma. Soit tu le tues pour lui éviter toute souffrance, soit tu l’éduques pour qu’il les surmonte.
Meurs, cinéma ; mort, cinéma ; ignorant, cinéma. Apprends, cinéma. Étouffé, utilisé pour fuir, fuir la vie. Rappelle-toi de notre vie, notre condition. Tu n'es pas réel, tu n'es qu'une image. Heureusement.
Hélas pour vous.
Les cinéphiles, amants du cinéma, sont peut-être plus ciné-fils, fils du cinéma. Mais le cinéma est lui-même un enfant.
En 1958, Vertigo nous apprend à nous méfier : de la mise en scène, de la couleur, des récits, de la splendeur. Du cinéma splendide et du cinéma tout court. Son influence percute toutes sortes de ciné-réalisateurs, de ciné-publics et de cinéphiles (fils). Désormais, nous faisons face à une apothéose du mensonge, ou du moins, à la dénonciation de ce mensonge.
Vertigo engendre la crise dont le cinéma avait besoin ; il dévoile une volonté de critiquer, et donc d’anéantir, le cinéma de la vérité. Cette critique, qu’elle soit écrite ou filmée, peut être subtile, s’aventurant aux lisières ténues de la vraisemblance pour révéler la fausse semblance, la mauvaise semblance. Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles : le réel qui ne pardonne pas, il n'a rien de spectaculaire: devoir gagner sa vie en se prostituant. Ou bien, cette critique peut faire exploser tout ancrage réel, brisant les plans sobres et les narrations continues pour dévoiler, par l’absurde, l’idée même du réel au cinéma. Non si sevizia un paperino, Jean-Luc Godard.
Parlons de lui. Godard ? Non. Non si sevizia un paperino. Un film de mensonges : mensonges de tueurs d’enfants et d’enfants eux-mêmes, mais surtout mensonges de cinéma, l’art de mettre en scène et l'art de monter. Les séquences violentes montrant la mort de l’innocente sorcière du diable et celle du coupable prêtre de Dieu mentent. Elles mentent car elles ne servent qu’à emprisonner le spectateur dans l’idée du coupable ; nous avons besoin d’un coupable aux motivations divines. Lucio Fulci en est conscient : ce coupable est le prêtre, celui qui prie pour les enfants au paradis, mais qui pour cela les tue, tue le cinéma, Hitchcock. Enfants d’enfants d’espoirs envolés et jamais rattrapés, le cinéma aux espoirs à jamais oubliés, j'espère... espoirs à la fois réels et spectaculaires.
Pourtant, on ne peut qu’être l’un des deux. Sinon, on finira par torturer un caneton, un cinéma. Et l’on ne veut pas torturer un caneton. Cinéma. Soit tu le tues pour lui éviter toute souffrance, soit tu l’éduques pour qu’il les surmonte.
Meurs, cinéma ; mort, cinéma ; ignorant, cinéma. Apprends, cinéma. Étouffé, utilisé pour fuir, fuir la vie. Rappelle-toi de notre vie, notre condition. Tu n'es pas réel, tu n'es qu'une image. Heureusement.
Hélas pour vous.